dimanche 26 mai 2019

Une dernière semaine sans Papa


Ce semestre de printemps a été l'occasion d'exercer mes talents de mère célibataire, à tous points de vue. Entre les conférences et les voyages à Paris pour son travail, Logan a été beaucoup pris et beaucoup absent. A peine remis du décalage horaire, il lui a fallu a chaque fois défaire et refaire sa valise et passer des journées entières entre deux avions. Cette fois-ci, il est à Rennes, et bientôt, de nouveau à Paris. Pour moi, ces voyages sont devenus routiniers et relativement banals. Pour Amaury en revanche, les absences deviennent de plus en plus difficiles. Il passe d'habitude beaucoup de temps avec son père, qui a toujours été très investi et présent pour lui, alors la séparation n'en est que plus pénible. Heureusement, ce week-end coïncide avec Memorial Day, ce qui va nous laisser plus de temps pour faire des activités tous les deux. Demain, la journée est fériée, il n'y a ni crèche ni école.  Entre le parc, le "magasin de sandwichs", les activités cuisines, et les jeux dans le jardin, le temps va certainement passer très vite. Et le compte à rebours est officiellement lancé : moins de deux semaines nous séparent de notre petite excursion annuelle à Traverse City. Mimi et Grandpa nous y attendent de pied ferme. J'ai de mon côté encore une dizaine de jours à l'école, avant des vacances bien méritées. Il va falloir préparer la maison pour les locataires, faire des cartons, s'occuper du jardin (qui tourne très rapidement à la jachère à cette saison), et s'occuper des milliers de démarches et autres paperasses. Amaury compte désormais les jours restants avant le retour de Papa. La prochaine fois que ce dernier prendra l'avion, nous serons finalement tous ensemble ! Et d'ici là, je tente autant que possible, comme à chaque fois, de le suppléer dans son rôle. Pas sûr toutefois que je sois capable d'apprendre à mon rejeton comment être un parfait pitcher.  Quand on est totalement nulle en baseball, il y a peu d'espoir. De toute façon, déjà à trois ans, il n'est pas du tout gaucher, n'en déplaise aux gènes familiaux et en dépit de toutes les probabilités. Alors il serait sage de penser que son futur au sein des Yankees n'est pas du tout garanti...

jeudi 23 mai 2019

Haïti chérie

"Haïti chérie" était le titre d’un livre que j’avais enfant. C’était l’histoire triste d’une jeune fille, servante et esclave d’une riche famille de Port-au-Prince, qui cherchait  à tout prix la liberté et dont le destin tragique se termina brutalement en tentant de rejoindre les États-Unis. Ce livre m’avait vraiment marquée à l’époque, de par son réalisme et sa fin malheureuse. Ce roman fait toujours écho plus de vingt ans plus tard, à la vie de nombreux migrants qui risquent leur vie dans l’espoir d’une vie meilleure. Haïti est un pays qui continue aujourd’hui à être ravagé par la pauvreté et l’insécurité. Depuis trois ans, grâce à une association de terrain, nous avons commencé à parrainer un enfant afin de lui permettre de suivre une scolarité secondaire. Cet élève brillant fait preuve d’efforts acharnés et de persévérance. Il vit au sein de la région la plus pauvre de l’hémisphère nord, au sein du bidonville de Cité Soleil, à Port-au-Prince. La France et les États-Unis ont un long passé, peu glorieux, avec Haïti. Ce passé n’est que peu -voire pas du tout- abordé dans les manuels d’histoire, et pourtant il fait partie d’une histoire à ne surtout pas oublier. Ancienne colonie française, la colonie de Saint-Domingue, elle a connu les atrocités de l’esclavage, les sévices, et les mutilations. Haïti est devenue Haïti après l’obtention de l’indépendance en 1804, après une longue révolte du peuple réclamant sa liberté. Mais à peine née, Haïti etait déjà endettée, la France lui réclamant une dette monstreuse en échange de sa propre souveraineté. Pendant cent vingt-cinq ans, la France a saigné les finances d’Haïti, pour une somme représentant 20 milliards de dollars actuels. L’économie de l’île de s’en est jamais relevée. Donc non seulement la France a exploité une colonie pour s’enrichir, mais elle a continué de s’enrichir après l’indépendance. Du côté des États-Unis, ce n’est tellement pas plus reluisant. L’occupation des américains a duré de 1915 à 1934, afin d’y défendre leurs intérêts financiers, et s’est poursuivie par un contrôle douanier jusqu’en 1946. Je ne me souviens pas avoir appris en cours d’histoire comment la France et les États-Unis ont ruiné Haïti. Pourtant, c’est loin d’être un détail et le pays continue encore aujourd’hui à être l’un des plus pauvres du monde. 80% de sa population y vit sous le seuil de pauvreté. Alors y parrainer un élève n’est peut-être qu’une goutte d’eau dans un océan de souffrance, mais les gouttes d’eau associées finissent toujours par devenir de grandes rivières. De mon côté, je me réjouis à chaque lettre de mon petit filleul, qui est l’un des meilleurs élèves de sa classe et qui mériterait tellement plus que ce qu'il reçoit présentement...


dimanche 12 mai 2019

Un weekend suspendu


L'arrivée de mes beaux-parents, quasiment fraichement débarqués d'Australie via le Michigan, aura été appréciée à sa juste valeur cette semaine. J'ai de nouveau été immobilisée pour cause de problèmes de dos très handicapants, et il a fallu un grand renfort d'anti-inflammatoires stéroïdiens pour recommencer à pouvoir bouger. De fait, j'ai été en repos forcé pendant deux jours, mais j'ai repris bon gré mal gré le chemin du travail dès que j'ai pu me déplacer sans hurler. Il me faudrait idéalement voir un ostéopathe, mais ici, les ostéopathes sont des médecins qui prescrivent des médicaments, et qui ne font aucune manipulation. J'ai abandonné l'idée du chiropracteur -peu efficace et onéreux- et j'ai planifié un rendez-vous chez un massage thérapeute. Pour ce faire, il me faudra attendre jeudi, et survivre à une semaine au travail plutôt chargée. La fin de l'année scolaire approche, et je dois terminer mes dernières evaluations, therapy sessions et me pencher sur ma paperasse du mois de Juin. C'est donc une dernière ligne droite qui m'attend, et j'espère que mes vertèbres tiendront le choc. Malgré le manque de mobilité, Logan et moi sommes partis hier pour une escapade de vingt-quatre heures à Lauderdale-by-the-Sea, juste au nord de Miami. Un peu de plage, de piscine, et quelques restaurants plus tard, nous sommes de retour à la maison pour célébrer mother's day avec mes beaux-parents. Mimi et Grandpa se sont chargés du petit loulou en notre absence, et je dois dire qu'une pause dans notre rôle parental est très apprécié lorsque l'on vit loin de toute sa famille. Amaury a été relativement charmant, et j'espère que  son amabilité va se poursuivre cette semaine. Demain, l'école le fait passer dans le groupe des plus grands (avec les 4 ans) et l'on espère que cela va améliorer un peu son comportement d'adolescent courroucé. Il sera donc (de loin) le plus jeune de sa classe, mais cela devrait lui convenir, en tout cas pour les quelques semaines restantes avant notre retour en France. D'ici là, profitons un maximum de toute activité au frais. L'été est arrivé, chaud, humide et collant, et les bords de mer sont tout particulièrement agréables pour profiter d'un petit vent marin rafraichissant...


samedi 4 mai 2019

May the 4th be with you


Non, je ne suis pas une fan invétérée des films de Star Wars. A vrai dire, et avec honte, je peux affirmer publiquement n'avoir jamais même vu un seul volet de la série (j'entends déjà sonner le clairon de la surprise et de la grande désapprobation : comment est-ce possible ?) Et pourtant, les personnages sont bien connus du grand public, et je me tiens au courant, histoire de pouvoir en discuter avec mes petits patients qui eux, bien évidemment, en sont totalement mordus. Il y a quelques jours, Peter Mayhew, l'acteur qui jouait le rôle de Chewbacca, est décédé. Depuis, les médias n'ont cesse de rediffuser des interviews et des extraits de films. Et le timing se montre relativement opportun. Aujourd'hui, 4 Mai, est la journée officielle de la guerre des étoiles. May the fourth (be with you), pour ceux qui se demandent encore le pourquoi du comment. L'an dernier, mes élèves étaient tous déguisés en personnages clés de la fameuse saga Skywalker. Le crossing-guard était lui-même déguisé pour l'occasion, et ce d'une façon relativement convaincante. Cette année, le 4 Mai tombe un samedi ; il n'y a donc pas de journée spéciale à l'école. En parlant de ça, la fin de l'année scolaire s'approche petit à petit, et les cours se terminent dans environ un mois. J'avoue que je suis partagée entre le soulagement que cette année chargée ne s'achève bientôt, la tristesse de quitter mes fabuleux collègues, et l'idée qu'il va bientôt falloir empaqueter et ranger la maison pour nos locataires. C'est un sentiment teinté d'une note bittersweet, mais relativement joyeux dans le fond. Bientôt, je vais retrouver mon cher Jura, mes amis, ma famille -et surtout- des fromages dignes de ce nom (mais si bien sûr, j'en rêve la nuit !). Si ça ce n'est pas une bonne raison de se réjouir... D'ici là, que la force soit avec vous. 

jeudi 2 mai 2019

Living with a threenager


J'avais écrit il y a quelques temps un petit article sur la crise des terrible twos (à relire ici) qui avait soulevé une vague de messages compatissants. Nombre de mamans m'avaient bien sûr réconfortée en me promettant que mon fils, devenu graduellement mi-ange mi-démon, serait bientôt un grand garçon autonome au comportement diplomate, poli et agréable. Mais c'était sans compter sur l'énergie débordante et l'esprit buté de mon rejeton, qui s'est petit-à-petit et insidieusement transformé en un adolescent ingrat et insolent. Les années des terrible twos sont donc progressivement devenues celles des terribles threes. Mon threenager alterne les discours où il refuse toute activité, toute nourriture, toute proposition, et où il joue les petits rois aux commandes de toute la maisonnée. Terminé l'efficacité de mes techniques magiques de Maman, mon fils est passé maitre en l'art de la négociation. Pire, il peut berner ses parents à l'usure, se montrant pugnace, borné, têtu et légèrement rancunier. Outre les questions répétitives, récurrentes, et redondantes à tout bout de champ, il est capable de pleurer sur commande, ou de surjouer une pâle imitation de pleurs plutôt crédibles et relativement convaincants. A l'école, c'est encore pire. Il fait tourner les adultes en bourrique et mène les autres enfants à la baguette. C'est un vrai petit dictateur qui n'apprécie pas trop les enfants du même âge et tolère volontiers les plus grands. Et j'observe que les parents de notre entourage sont divisés : d'un côté les connaisseurs, compatissants, qui sont bien sûr passés par la crise des trois ans, et qui m'assurent que cela n'est pas fini et peut durer jusqu'à l'âge de cinq ou six ans (vite, une corde pour me pendre dès à présent). De l'autre, on retrouve les chanceux, les épargnés de ces crises, et les moralisateurs, aux enfants sages et bien élevés qui ne crient jamais, ne tapent pas, et ne disent jamais non. Cette deuxième catégorie de parents juge également qu'il est bien ironique que d'avoir une maman qui gère très bien ses petits patients aux comportements plus ou moins difficiles, et, qui se retrouve dans le même temps avec son propre enfant qui la mène par le bout du nez. Et ce à grand renfort de cris, de jérémiades, de chouinements, et de négociations infinies. Mon fils est un véritable adolescent, qui claque les portes, qui crie sur ses parents, qui trouve que tout est "nul" ou "pas bon". Il faut négocier pour qu'il se couche, lui qui avait l'habitude de s'endormir en moins de dix secondes. Il faut négocier le lavage des mains, celui des dents, ainsi le rangement des milliers de jouets qui sont quotidiennement éparpillés dans le salon, et bien entendu il faut écouter les doléances de ses maitresses à l'école. Dans tout ça, il faut se souvenir d'un bel adage qui stipule -non sans fondement- que l'on a les enfants que l'on mérite. Si c'est vrai, ça doit donc être totalement mérité et justifié. Il faut dire que j'ai dû sacrément en faire baver à mes parents, à l'époque, pour atterrir aujourd'hui avec mon dragon de trois ans...