jeudi 22 novembre 2018

Thanksgiving 2018


Il y a deux ans, j'ai organisé mon tout premier Thanksgiving à la maison. Non pas que ce fût mon premier Thanksgiving (loin de là), mais celui-ci a été mon premier évènement du genre à Miami, avec pour mission de rôtir une dinde de presque six kilos. A l'époque, Amaury marchait à quatre pattes dans toute la maison et ça avait été plutôt sportif que de gérer les plats, les cuissons, le service et un petit loulou encore relativement peu indépendant. L'an dernier, le nombre d'invités a atteint son maximum (17 adultes) mais un partage des tâches a été réalisé avec certains d'entre eux. Je n'ai pas rôti de dinde, et me suis cantonnée aux accompagnements et aux desserts. Amaury avait décidé d'être malade ce jour-là, et il a tout simplement hurlé du début à la fin de la présence de nos invités (sympa comme timing). Cette année, je n'avais pas envie de renouveler l'expérience d'un groupe immense, avec un toddler sur les bras. Alors nous avons seulement convié quelques amis pour un Thanksgiving certes plus petit, mais probablement peut-être aussi plus convivial. Hier, j'avais pris ma journée pour commencer les préparatifs en cuisine à l'avance, histoire de ne pas de me retrouver avec tout à faire à la dernière minute. De fait, dès hier soir, la moitié des desserts était achevée, la dinde mise à mariner, et la sauce aux canneberges cuite. Aujourd'hui,  je n'ai plus eu qu'à préparer la fameuse tarte à la citrouille, à cuire mon gratin d'épinards, à préparer ma purée de patates douces ainsi que mes asperges, à monter mes petits fours et à rôtir la fameuse dinde. La bête en question fait près de douze livres, et elle a été enfournée avec son lot de beurre, d'herbes, de citron et d'épices variées. La table a été dressée en avance, et décorée sobrement avec de vraies petites pommes (difficiles à trouver ici). La maison s'est emplie d'une bonne odeur de volaille rôtie, et tout était fin prêt pour nos invités. Si Thanksgiving est relativement nouveau pour moi, je commence néanmoins à en comprendre les tenants et les aboutissants. Tout est centré autour de la nourriture. Pas de cadeaux, pas de préférence entre amis et famille, juste une bonne orgie gustative où il faudrait presque posséder plusieurs estomacs. On ne peut d'ailleurs pas faire plus intéressant comme holiday lorsqu'on est gourmand(e) comme moi. Pour ce qui concerne le menu, j'ai un peu modifié les plats traditionnels pour la version de 2018. Le stuffing (un genre de farce à base de saucisse ou bacon et de pain) a notamment été supprimé. Il n'y a pas eu de cornbread, ni de buttermilk biscuits, même si j'aurais pu aisément en assurer la cuisson avant d'enfourner la dinde. Pour le reste, ce cru 2018 est resté très traditionnel, et j'ai remplacé la green bean casserole par un gratin d'épinards à la béchamel (d'ailleurs pour le côté américain traditionnel, on repassera). Il me tarde maintenant de passer à table, l'eau me vient à la bouche et je sais qu'il va falloir quelques jours pour se remettre de ce repas pantagruèlesque... 

La fameuse tarte à la citrouille 
La bête avant cuisson

samedi 17 novembre 2018

La fin de la saison des ouragans


D'ici deux petites semaines, à la fin du mois Novembre, la saison des ouragans sera officiellement terminée. Cette épée de Damoclès dangereusement suspendue au-dessus de nos têtes sera rangée au placard jusqu'au mois de Juin prochain. Nous avons eu beaucoup de chance cette année à Miami. Pas d'ouragan à déplorer, aucun dégât, aucune inondation. J'aimerais dire que ce fut une année indemne de tout dommage, mais ce serait ignorer ce qu'il s'est passé dans d'autres coins des Etats-Unis, et dans d'autres régions du monde. L'ouragan Florence, de catégorie 4, a crée de gros dégâts en Caroline du Nord et en Caroline du Sud en Septembre dernier. L'ouragan Michael, l'un des plus puissants du siècle, a détruit une bonne partie de la région de Mexico Beach, au Nord-Ouest de la Floride, en Octobre. Nous avons donc été épargnés, et il pourrait se passer des années -voire des décennies- avant que Miami ne connaisse une catastrophe de ce genre. Ou bien, dans un scénario plus pessimiste, il se pourrait que the big one se produise bientôt. Nul ne le sait, et seul l'avenir le dira. Une chose est sûre néanmoins : les ouragans sont de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants à cause du réchauffement climatique. La montée des océans menace sérieusement les villes côtières ayant peu d'élévation, que ce soit au Etats-Unis ou ailleurs. Miami fait d'ailleurs partie de ces grandes métropoles qui pourraient partiellement disparaitre au cours des prochaines décennies. Pour l'instant, notre existence se cantonne à essayer de vivre sans penser à ce genre d'hypothèse catastrophique. Et tandis que notre saison sèche d'hiver vient de débuter, il nous a fallu pour la première fois depuis longtemps sortir les manches longues ce weekend. Les jours raccourcissent et l'été perpétuel s'estompe légèrement. Le "froid" (17 degrés) est de retour, et je dois avouer que cela est fort agréable....

vendredi 9 novembre 2018

Elections de mi-mandat


Mardi, je suis allée comme beaucoup d'américains voter pour les élections de mi-mandat. Un évènement citoyen à ne pas manquer dans le contexte actuel du Trumpisme florissant. Il s'agissait de renouveler certains sièges de la chambre des représentants (un peu l'équivalent de notre assemblée nationale) et certains postes de sénateurs. Chaque état américain possède deux sénateurs, et un nombre variable de congressmen en fonction de sa population. Ainsi, le Wyoming, peuplé d'environ cinq cent mille habitants, possède le même nombre de sénateurs que la Californie, où résident pratiquement 40 millions de personnes. Ces élections ont permis d'annuler la totale dominance du parti républicain sur la house of representatives et le senate, qui permettait allègrement à ce cher Donald de faire à peu près ce que bon lui semble. La chambre des représentants est notamment redevenue à majorité démocrate. Le sénat quant à lui reste toujours républicain. Qu'est-ce que ça change concrètement ? Même si le sénat reste républicain, le congrès peut désormais s'opposer aux décisions dilettantistes de notre puppet president. Une première conséquence pourrait être de bloquer les tentatives de ce papi sénile de détricoter l'affordable care act, connu sous le nom d'Obamacare (mais ce sera le sujet d'un article plus détaillé prochainement). Une autre conséquence pourrait être d'enclencher une procédure de destitution présidentielle (yes please). Même si les démocrates ont repris un peu d'avance, ces élections me laissent un goût d'amertume. Tout d'abord, il faut savoir que les idées politiques des démocrates américains correspondent plus ou moins à celles des républicains français (ironique, quand on y pense). Les républicains américains, eux, correspondent à la franche droite de notre droite française. Tout est clivé vers la droite, en fait. Donc même si avancée il y a eu, celle-ci est loin d'apporter des réponses concrètes aux inégalités criantes que l'on peut voir au pays de l'oncle Sam. D'autre part, mon candidat fétiche, Andrew Gillum, qui se place dans la lignée de Bernie Sanders, n'a finalement pas été élu, mais cela pourrait peut-être changer. A l'heure où j'écris ce billet, la Floride est encore en train de recompter les millions de voix exprimées mardi et avant mardi, lors du early voting. Le recompte concerne les votes automatiques, mais pourrait se faire à la main car l'écart entre les candidats est extrêmement faible. Gillum n'a probablement aucune chance d'être finalement déclaré vainqueur, mais je garde espoir. Somme toute, l'expérience du vote ici n'a rien à voir avec la France. A commencer par les ballots, bulletins de votre, très loins de ceux que l'on doit utiliser sur le vieux continent. J'ai rempli quatre pages, recto et verso, en sélectionnant mes réponses à l'aide d'un stylo noir, comme je le ferais pour des grilles d'examens à choix multiples. J'ai choisi mes réponses lors des très nombreuses questions de référendum, aux sujets variés et écrits de façon plus ou moins limpide. Puis, j'ai moi-même inséré ces bulletins dans une machine automatique, sous la surveillance d'un assesseur. Mon isoloir s'est limité à une table munie de visières, et le tout m'a pris une bonne dizaine de minutes. Voter ici est décidément bien différent de notre devoir citoyen en France. Et tandis que je croise les doigts pour que le décompte soit en faveur du très progressiste Andrew Gillum (j'ai peu d'espoir mais je continue à espérer), je réalise que je peux pleinement participer à la vie électorale de mon pays d'accueil. Voter est un droit, mais c'est un devoir que je compte bien continuer à exercer le plus longtemps possible...

Les quatre bulletins de vote de ces élections de mi-mandat



samedi 3 novembre 2018

Halloween


Ce mercredi dernier le 31 Octobre, les Etats-Unis et une partie du reste du monde célébraient Halloween. Un événement à ne pas manquer pour les enfants, que nous avons passé avec des amis (les enfants se sont déguisés tandis que les adultes ont servi l'apéro). En fin de soirée et après avoir englouti quelques pizzas, nous avons sillonné le quartier pour récolter d'immenses seaux de friandises, les rejetons sagement assis dans notre wagon de plage et prêts à dégainer leur sac au nez des habitants du quartier. Le principe est simple : les enfants frappent à chaque porte et déclarent la bouche en coeur Trick or Treat! En gros, refilez-moi des cochonneries sucrées ou je vous joue un vilain tour (note bene : tradition libre de l'auteur). Amaury a tout simplement adoré remplir son sac de bonbons, et il faut désormais les écouler doucement, à raison de quelques-uns chaque jour. Il va nous falloir vraisemblablement jusqu'à Pâques pour qu'ils soient terminés, compte-tenu du volume récolté. A l'école, la journée a été animée et peu productive professionnellement. Les séances de rééducations ont été interrompues par des flots de gamins férus de friandises, costumes à l'appui. Près de quatre-vingt-dix pour-cent des enfants et des enseignants étaient costumés. J'étais de mon côté habillée en sorcière, ce qui s'est passablement limité à un chapeau et à des vêtements noirs. Les petits n'y ont vu que du feu et ont continué d'en parler toute la fin de cette semaine. Amaury était habillé en chef cuisinier, et il n'a pas quitté ses accessoires de la soirée (à savoir sa grosse louche en silicone et son tablier). Le compte à rebours est désormais lancé pour Thanksgiving, qui sera célébré dans moins de trois semaines. Et, si les citrouilles et les dindes devraient désormais faire partie du tableau, ce sont plutôt les décorations de Noël que l'ont voit et qui sont déjà bien installées dans les magasins..




dimanche 21 octobre 2018

The terrible twos


Cela se passe insidieusement, relativement progressivement, et soudain du jour au lendemain il faut se rendre à l'évidence. Notre petit toddler s'est transformé en une chimère mi-dictatoriale mi-démoniaque, et il peut passer du rire aux larmes et aux crises violemment capricieuses en un instant. La crise des deux ans est belle et bien arrivée. Petit Monstre (désormais surnom préféré du moment) devient indépendant. Petit Monstre ne supporte aucune frustration et se révèle un as de la négociation. "Une minute" se répète-t-il à répondre lorsqu'on lui demande de mettre ses chaussures. "Amaury tout seul" est devenue la phrase clé de la discussion. Et les colères deviennent vite des colères noires, teintées ou non de roulements au sol, de vomissements sur commande et de cris destinés à ses horribles parents. Nous avons donc quelques techniques qui, faute d'être toujours parfaitement efficaces, réussissent (tant bien que mal) à dé-escalader l'évènement et de passer à quelque chose de plus réjouissant et d'agréable. Idée numéro un : ignorer le tyran. Cela marche parfois mais se révèle difficile en public, au parc, en sortie ou lors de tout autre évènement. Idée numéro deux : anticiper la crise, à grands renforts de minuteurs, de préparation, de discussions en amont et de routines. Cela marche un peu, et en tout cas cela évite les crises types "fin du monde" lorsqu'une activité préférée doit cesser. Idée numéro trois : la négociation. Si tu mets tes chaussures, je te laisse choisir la musique dans la voiture. Résultat des courses : il va peut-être falloir se farcir Jean René pendant des heures, ou, voire pire, une station de radio que te donne envie de te balancer par la fenêtre. Idée numéro quatre : détourner son attention. Le tyran reste un enfant de deux ans et demi, fasciné par les véhicules en tous genres. Du coup, il est plus facile d'obtenir qu'il s'habille lorsqu'on lui propose un petit choix (tu préfères le t-shirt pelleteuse ou le t-shirt tracteur ?). A l'instar du reste de la journée, les repas ont aussi changé de ton. Notre toddler peu difficile s'est mis à bouder, à préférer (bien entendu) les pâtes et les gâteaux aux petits plats de légumes de maman. Les assiettes sont donc finies à grands renforts de promesses (il y a du gâteau en dessert si tu finis ton assiette), de menaces (Papa va manger ton poulet si tu ne te dépêches pas), de distractions (et si on prenait la fourchette bulldozer pour finir les flageolets ?), et d'interminables jeux (attention, le tigre va ouvrir grand la bouche pour tout avaler !). Il n'en reste pas moins qu'entre deux trois plaintes sur le choix du menu (Maman j'aime pas, c'est pas bon ça), Amaury-tyran mange quand même des légumes verts, et qu'il continue (heureusement) à tout goûter avec plaisir (récemment les dragon fruits, fruits bizarres mais délicieux). Il mange d'une façon générale plus facilement que beaucoup d'autres enfants du même âge, et nous ne lui préparons pas de plats spécialement pour lui. Il continue à préférer les haricots verts au poulet frit, et c'est tant mieux. Et je suis une maman relativement stricte, notamment sur certains points : les horaires de sieste et de coucher sont non négociables, et l'on doit goûter à tout de toute façon. Pour le reste,  il y a longtemps, dans un passé fort lointain, j'avais des principes et des grandes idées sur l'éducation (incluant par exemple pas d'écrans avant cinq ans, pas de junk food, pas de jouets sonores niais et/ou non éducatifs), mais ça, c'était bien avant d'être maman...

La très fameuse fourchette bulldozer, tout simplement salvatrice !

samedi 20 octobre 2018

L'automne


Si les palmiers ne perdent pas leurs feuilles plus qu'à n'importe quelle autre saison, les jours ont néanmoins commencé à raccourcir et l'on sent l'automne arriver de façon discrète. Point de feuillages rouge, orange, et jaune, et point de paysages tels qu'on les connait au nord-est des Etats-Unis. Les températures estivales perdurent, mais l'humidité a commencé à diminuer légèrement ; les soirées sont plus fraîches lorsqu'il y a un peu de vent, même si nous en sommes encore loin de sortir les manches longues. La Floride du Sud connait des saisons très différentes de ce que l'on connait en France. Nous sommes presque à la fin de la saison humide et pluvieuse (qui est aussi la saison redoutée des ouragans) et sommes sur le point d'entamer la saison sèche. Du coup, les beaux jours sont devant nous et il me tarde de pouvoir manger dehors tous les jours. Ce matin, j'ai emmené Amaury à sa première pumpkin patch, qui est totalement artificielle ici, faute d'avoir des citrouilles locales. Nous en avons acheté une grosse pour décorer le pas de porte de notre maison. Peut-être faudra-t-il la creuser pour la transformer en Jack-o'-lantern? Halloween s'approche à grands pas et les maisons alentours se parent progressivement de fantômes, citrouilles, vampires, fausses toiles d'araignées et autres décors censés faire un peu peur. Amaury parle de l'évènement à peu près dix fois par jour, et j'ai hâte de l'emmener à son deuxième trick or treat ! Et d'ici là, je profite un peu du weekend pour me reposer, les semaines étant relativement fatigantes entre mon plein temps à l'école et le libéral à côté. Bientôt, Mimi viendra nous voir pour quelques jours histoire de profiter du petit Loulou, en pleine phase des terrible twos, ce qui, comme chaque parent le sait, n'est pas toujours une partie de plaisir...


samedi 13 octobre 2018

Vivre avec la climatisation

L'unité de climatisation à l'extérieur de la maison
Qui dit climat tropical dit climatisation. Si les températures de Miami sont douces et sèches en hiver, elles n'en demeurent pas moins caniculaires et humides en été. Je n'avais jamais réalisé ce qu'un climat chaud et humide implique jusqu'à notre emménagement en Pennsylvanie centrale. L'été, il arrivait que des semaines entières se succèdent avec presque 100% d'humidité et des températures autour des 35°C. Pour se représenter à quoi cela correspond (car seuls nos amis de certains DOM-TOMs peuvent attester de ce qu'il en est), il suffit de s'imaginer, au sortir de la douche, ruisselant et trempé, collant et humide. Et que ce statut ne change pas, même après plusieurs heures. La climatisation refroidit les habitations mais elle permet aussi de limiter l'humidité, relativement désagréable. Pourtant, à l'époque de la Pennsylvanie, nous n'avions pas de climatisation centrale, car la durabilité de ce phénomène humide était limitée à quelques semaines en été tout au plus, et, faute de pouvoir allumer le four ou de pouvoir dormir confortablement à la fraîche (l'air humide reste très humide la nuit, ce qui empêche la température de redescendre comme on le verrait dans un climat sec), notre vie n'était pas trop impactée. Ici, en Floride du sud, c'est une tout autre histoire. Chaque maison (ou presque) est équipée d'une climatisation centrale (par opposition aux systèmes de clim qui s'intègrent aux fenêtres et font un bruit tout simplement épouvantable). En tant que française, j'avoue que même si la clim est indispensable, je n'en suis pas particulièrement fan. La première raison en est le bruit. Même centralisée, l'unité de refroidissement située à l'intérieur de notre maison fait un raffut du diable, de nuit comme de jour, et je commence seulement à m'y habituer (il était temps, après plus de deux ans passés ici !). La seconde raison tient à l'utilisation de ce que chacun fait de cette climatisation. Si je l'utilise personnellement raisonnablement (elle est réglée sur 26°C la journée, et 24°C la nuit), la plupart de mes compatriotes américains adorent conserver leur maison fraîche, voir carrément froide, et il n'est pas rare de voir des bâtiments publics où le thermostat est réglé sur 15 ou 16°C. Avouez que lorsque la température excède les 30° dehors, la différence entre l'extérieur et l'intérieur peut conduire à un choc thermique violent et nécessiter de devoir sortir la moumoute de fourrure et les gants. D'ailleurs cela doit être très culturel. Ayant grandi sans climatisation (et sans réelle nécessité de climatisation), je doit avouer que je déteste lorsque la clim envoie de l'air bien frigorifié dans la figure, et que j'ai tendance (même en tant que frileuse) à avoir la chair de poule chez tous nos amis chez qui l'air conditionné est réglé sur sa puissance maximale. Les français que je côtoient ici ont tendance à utiliser la climatisation avec relative parcimonie. Certains ne l'utilisent presque pas pendant la saison sèche. A l'époque où j'étais en grad school, j'avais dû acheter une couverture polaire pour me réchauffer lorsque je passais des heures dans le voice lab, où la clim était très puissante, hiver comme été. Et puis, si l'on réfléchit un peu à la préservation de notre belle planète, l'on sait que la climatisation consomme beaucoup d'électricité, et participe au réchauffement climatique. Il est d'ailleurs fort dommage que toute la lumière solaire de notre sunshine state ne soit pas utilisée à des fins d'énergie renouvelable. Des panneaux solaires ou photovoltaïques seraient si pratiques ici lorsqu'il fait beau près de trois cent cinquante jours par an...

L'unité (bruyante) de propulsion d'air à l'intérieur de la maison 

vendredi 5 octobre 2018

Red tide


Nous n'allons pas si souvent que cela à la plage, malgré le peu de distance qui nous sépare du sable blanc et de l'eau cristalline à 29 degrés toute l'année. Et pourtant, récemment, après des semaines chargées, il nous est arrivé plus souvent de faire un petit saut de puce à South Beach, histoire de piquer une tête et de se sentir en vacances pendant quelques heures. Malheureusement, ce weekend, il ne sera pas possible de renouveler l'expérience. La faute à une pandémie d'algues microscopiques toxiques, appelées red tide, qui peuvent être mortelles pour la vie marine et toxiques pour l'être humain. Elles créent notamment des irritations respiratoires, et des réactions allergiques plus ou moins sévères. Alors, même si la concentration de ces protozoaires relevée dans l'eau n'est pas réellement mortelle pour l'homme, de nombreuses plages ont été fermées cette semaine dans toute la Floride du Sud, notamment dans le comté de Palm Beach, mais aussi plus au sud, proche de Miami Beach. Les plages ont été rouvertes ce matin, avec un drapeau indiquant une baignade déconseillée, mais nous n'allons pas risquer d'y retourner jusqu'à ce que la situation soit complètement réglée. Dans certains endroits, la concentration d'algues est si importante qu'elle change la couleur de l'eau, rougeâtre, d'où son nom de red tide. L'homme est en partie responsable de ce phénomène, et notamment à cause de son implication avec la pollution de l'océan (agriculture, drainage d'égouts sauvage, etc...). Alors nous allons probablement nous rabattre sur des parcs et sur la piscine dès demain, car l'été semble loin d'être terminé. Les torrides chaleurs ne semblent pas vraiment s'estomper, ou si doucement, que seul les jours qui raccourcissent nous laissent vraiment nous apercevoir que l'automne est arrivé..

Miami Beach, avant l'épidémie d'algues microscopiques

mardi 2 octobre 2018

Pyjama day


J'ai grandi en célébrant carnaval, diverses kermesses et autres évènements du calendrier à l'école. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu autant de journées à thème, telles qu'on les retrouve dans le système public américain. Aujourd'hui, mon école célébrait Pyjama day, une journée où, contre un dollar pour financer United Way (une sorte d'organisation non lucrative qui oeuvre pour les écoles et la communauté locale toute entière), les enfants et les enseignants étaient invités à venir à l'école en pyjama (et pour certains, en chaussons). Nombreux sont ceux qui ont joué le jeu, et c'est à grands renforts d'imprimés nounours, buzz l'éclair, petits coeurs, spiderman et autres super-héros que la journée s'est déroulée. La semaine prochaine, ce sera crazy hat day. Une journée où tout le monde viendra avec un chapeau rigolo. Puis la semaine suivante, ce sera crazy socks day, immédiatement suivi de sunglasses day et de costume day (qui tombe bien évidemment le même jour qu'Halloween). Bientôt, il y aura une journée spéciale pour le centième jour d'école de l'année ; les élèves seront invités à se déguiser en personnes âgées pour l'occasion. Le tout agrémenté de pizza parties, régulièrement organisées au sein de chaque classe, soit pour des anniversaires, soit pour récompenser les élèves de leurs efforts. J'ai aussi vu des popcorn parties, des fall parties, des winters parties et des spring parties. A croire que les enfants passent leur temps à s'amuser ! En réalité, le planning des journées est plutôt chargé. Peu de temps de récréation (maximum une demi-heure par jour), un repas du midi avalé en trente minutes top chrono et parfois à des heures incongrues (neuf heures et demi ou dix heures du matin, pour ce qui compte comme déjeuner du midi...), des matières qui s'enchaînent avec beaucoup de sport, pas de cours d'histoire, pas de géographie, mais beaucoup d'anglais et de mathématiques, matières phares du programme. Les journées commencent à huit heures trente avec un petit déjeuner gratuit à la cafétéria, et se terminent à quinze heures. L'année est rythmée par les fields trips, ou excursions, dont la qualité et la fréquence dépendent largement de la zone où l'école est localisée. Alors en attendant de vous en dire plus dans un autre article, je ne sais pas vous, mais j'aurais bien envie d'acheter une paire de chaussettes criardes et rigolotes en prévision de crazy socks day...

lundi 10 septembre 2018

Une nouvelle école


Je l'avais brièvement mentionné lors de mon dernier article, j'ai été affectée à une toute nouvelle école une semaine après la rentrée. Finie mon ancienne école où le doux créole berçait mes journée, j'ai déménagé dans une école démesurée qui accueille près de 1200 étudiants. Il s'agit d'un centre scolaire qui accueille régionalement des enfants à besoins spécifiques, et notamment des enfants autistes. Située en plein coeur de Little Havana, l'espagnol constitue maintenant la langue dominante de mon environnement professionnel. Tous mes collègues parlent bien sûr anglais, mais bon nombre d'entre eux parlent espagnol à la maison. L'école est une école classique qui a développé un programme spécifique pour les élèves présentant un trouble du spectre autistique. Ces enfants sont repartis dans des classes spécialisées, et certains d'entre eux passent tout ou partie de la journée avec des enfants tout venant ; on parle alors de classes d'inclusion, où l'on inclue les enfants autistes (qui en sont capables) à des classes d'enfants typiques. Ils reçoivent alors des services spécialisés pour les matières fondamentales (lecture, écriture et mathématiques), mais ont l'occasion de partager un enseignement classique pour les autres matières. Une belle manière de tenir compte à la fois des difficultés et du potentiel d'apprentissage. D'autres enfants, peut-être plus en difficulté ou dont le trouble est plus sévère, sont intégrés à des classes spécialisées uniquement pour enfants autistes. Les groupes sont très petits, sept à dix étudiants pour deux à trois adultes. Vous avez bien lu, deux ou trois adultes, et certains enfants ont même des paraprofessionals, un genre d'AVS à plein temps qui les aide individuellement tout au long de la journée. Certains enfants qui en ont les capacités suivent le programme normal. Ils pourront sans doute un jour obtenir leur diplôme de fin de lycée, grâce au suivi individualisé et aux classes restreintes. D'autres, plus en difficulté, reçoivent un programme modifié et adapté, qui les conduira à un diplôme "spécial", une sorte de diplôme alternatif pour les étudiants à besoins spécifiques. Dans ces classes, les enfants non verbaux, qui possèdent des difficultés sévères de comportement, de communication et d'apprentissage, avancent à leur rythme. Certains lisent et écrivent déjà tandis que d'autres en sont à apprendre les notions d'attention conjointe et référence conjointe. Pour bon nombre d'entre eux, il leur faut beaucoup d'assistance pour acquérir de petites connaissances, étape par étape. Je connais l'existence des classes spécialisées en France, mais je n'ai jamais entendu parler d'un tel ratio prof/élève. Il faut dire que les Etats-Unis sont beaucoup plus en avance pour accueillir les enfants handicapés à l'école que ne l'est la France. Ou plutôt, la France est sacrément en retard pour favoriser cet accueil. La volonté est là, mais les moyens ne suivent pas. Je connais tellement de parents français qui doivent se battre bec et ongles pour que leur enfant autiste puisse être scolarisé... Alors pourquoi un tel décalage ? Au pays de l'Oncle Sam, l'IDEA (Individuals with Disabilities Education Act) est une loi fédérale (nationale) qui assure aux enfants handicapés une éducation gratuite et adaptée. De facto, les enfants doivent être accueillis à  l'école, et donc l'école a dû s'adapter. J'ai des amis enseignants en France qui ont hérité d'enfants à besoins spécifiques dans leur classe, sans formation, sans aide aucune, et sans guidance. Intégrer pour intégrer mais sans réels moyens et à la charge des enseignants n'est pas une solution. L'idée de créer des classes spéciales (qui seraient bien plus nombreuses qu'aujourd'hui), où les enfants handicapés pourraient partager une partie de la journée et certaines matières avec des élèves tout venant me parait bonne.  Mais la décision est d'abord politique, et surtout économique. Et ce système américain fait ses preuves ; de plus en plus d'enfants autistes qui en ont le potentiel vont maintenant à l'université, grâce à leur parcours scolaire facilité. Encore faudrait-il que cette réussite s'étende à notre bon vieux continent...


lundi 3 septembre 2018

Labor day weekend



Ce lundi était férié pour célébrer labor day, un sorte d'équivalent de la fête du travail aux Etats-Unis. Comme chaque année depuis notre arrivée à Miami, nous sommes allés à la plage ce jour-là, histoire de prolonger les vacances, à peine deux semaines après la rentrée. Nous avons donc rempli la voiture et pris la route vers Lauderdale-by-the-Sea, une heure au nord de Miami, où nous avons nos habitudes. La tempête tropicale Gordon aura décidé de s'en mêler, ce qui nous a forcé ce matin à écourter notre séjour et à revenir à la maison sous une pluie battante. Mais cette météo récalcitrante n'a pas su entacher notre enthousiasme ; entre les gouttes, le soleil a pu se montrer et nous avons pu emmener notre petit Loulou jouer dans les vagues, courir derrières les goélands et faire quelques pâtés de sable. Nous avons aussi pu étrenner notre tout nouveau beach wagon, sorte de petit charriot pliable dont les roues sont adaptées au sable, ce qui permet de transporter le parasol, la glacière, les jeux de sable, les serviettes, et accessoirement, notre toddler de presque deux ans et demi qui raffole particulièrement des voyages sur roulettes. Le vent était assez violent, et les vagues très puissantes, et la présence d'algues un peu partout nous a décourager de réellement nager, mais nos pieds et nos jambes ont pu faire trempette, ce qui est déjà pas mal. Cet après-midi, c'est donc depuis notre maison que j'écris ce billet, tandis que la pluie battante continue de s'abattre sur toute la région du sud de la Floride. Demain, après ce weekend prolongé, je retourne travailler avec un petit peu d'appréhension, ayant été affectée à une nouvelle école quelques jours après la rentrée, mais ce sera le sujet d'une tout autre histoire...


vendredi 17 août 2018

Cookie monster


Après plusieurs années aux Etats-Unis, j'ai progressivement appréhendé une nouvelle façon de manger, incluant dans mon alimentation des incontournables de la gastronomie américaine, au détriment de certains spécimens gustatifs pour lesquels je peine à m'adapter. Prenez par exemple la sauce barbecue : certains français en raffolent, et la plupart des américains en consomment régulièrement. Pour ma part, vous n'en verrez jamais dans mon assiette. Et la liste peut vite s'allonger. Point de coca-cola, de diet coke, ni de ketchup, ni de moutarde locale, ni de mayonnaise industrielle, encore moins d'autres sodas sucrés, de desserts qui associent menthe et chocolat, d'ailes de poulet frites et épicées (les fameuses wings),  encore moins de MacDo ou d'autres chaines de junk food. Je n'aime pas spécialement le beurre de cacahuète, même si j'en utilise dans des pâtisseries. Je ne raffole pas non plus des chips and salsa, auxquelles Logan voue une vénération sans bornes. Le beurre américain n'est pas non plus terrible, et il faut se tourner vers le beurre importé pour y trouver son compte (Irlande, Finlande, ou France par exemple). Et pourtant, si je montre une certaine réluctance à manger ces spécialités de la culture américaine, j'ai très facilement inclus un certain nombre de ces delicacies dans mes menus journaliers. A commencer par le petit déjeuner : je bois des gallons et des gallons de jus de cranberries, et j'enfourne volontiers un vrai bagel New Yorkais (à bien sûr ne pas confondre avec les bagels caoutchouteux du supermarché, vous en conviendrez). Le tout tartiné de beurre Président aux cristaux de sel, importé de Normandie (je reste française malgré tout !). Je suis aussi devenue accro au cream cheese, notamment lorsqu'il est question de faire un cheese cake ou d'accommoder un plat au saumon fumé. Et puis je ne suis pas contre les sweet potato fries, légèrement sucrées et particulièrement atypique pour mes papilles de française. Et progressivement, j'ai inclus des spécialités venues du monde entier. Le ceviche, équivalent péruvien du carpaccio, est particulièrement délicieux. On citera notamment la nourriture indienne, mexicaine (je raffole des véritables tacos), italienne et japonaise. Loins sont les jours de mon enfance bercés par les quenelles en sauce, les paupiettes de veau, la blanquette, la choucroute et les spécialités à base de fromage fondu. Ici à Miami, il est plutôt rare de déguster une vraie raclette ou une bonne tartiflette. Mais ma plus grosse addiction, loin s'en faut, concerne les véritables cookies américains en tous genres : Oreos cookies (plus addictifs que la cocaïne, selon certaines études scientifiques), cookies géants, aux pépites, au beurre de cacahuète, aux noix de pécan, aux trois chocolats. Je suis un vrai cookie monster. Au point qu'on ne puisse pas en avoir à la maison, au risque certain de les voir disparaître prématurément...




mardi 14 août 2018

Road trip


Il aura fallu presque cinq jours pour avaler les deux mille miles qui nous séparent de Hinton, en Virginie occidentale. Soit près de trois mille deux cents kilomètres, avec un toddler de deux ans dans la voiture. Mais rien n'aurait fait que nous manquions un beau mariage franco-américain à la campagne. Beaucoup de conduite, une brève étape à la plage, et de longues heures en voiture qui ont (heureusement) été écourtées par quelques siestes, des séances (intensives) d'écrans additifs et de nombreux snacks appartenant à la catégorie de la junk food. Amaury a développé une passion sans limites pour les froot loops, sorte de céréales pour enfants sucrées et artificiellement colorées, mais qui se grignotent sans mess et qui durent un certain temps. Partis d'abord de Miami, nous avons pu faire étape à Amelia Island, au nord de la Floride, histoire de profiter de la plage et de couper la route. De là, nous avons pris la direction de Florence, en Caroline du Sud, où des amis nous attendaient pour diner. Le lendemain, il nous restait pas mal de route à faire avant de rejoindre la Virginie occidentale, histoire d'arriver à temps pour le rehearsal dinner. Le weekend fut absolument fantastique, avec la visite de la famille française, des mariés souriants et heureux, et des paysages verts montagneux particulièrement agréables. Au retour, nous avons conduit le plus longtemps possible avant de laisser notre fatigue décider de notre étape pour la nuit. Nous nous sommes arrêtés en Caroline du Sud, presque à mi-chemin et un peu au nord de Savannah, et avons repris la route le lendemain. Inutile de préciser que nous avons été très contents de regagner nos pénates, juste à temps pour dîner et suffisamment tôt pour défaire nos valises. Après un tel périple, je crois que nous sommes prêts pour n'importe quel voyage avec un jeune enfant remuant. Alors peut-être pourrons-nous prévoir un autre road trip l'an prochain ?

Hinton, WV

dimanche 29 juillet 2018

Le lac Michigan


Les journées s'enchainent mais ne se ressemblent pas. Le nord Michigan est une région touristique relativement méconnue mais qui possède un charme indéniable. Avec des températures agréables tout l'été, loin des fortes chaleurs de Miami, la région des grands lacs possèdent une foultitude d'atouts qui plairont aux visiteurs venus du monde entier. Nous sommes dans la région de Traverse City, tout au Nord, en bordure de la Grand Traverse Bay, et à deux pas du lac Michigan. Ce lac immense est l'un des cinq grands lacs Nord américains, qui contiennent à eux seuls 21% de l'eau non salée de la planète. Il consiste en une superficie de 58 000 km2, soit une superficie plus grande que des pays entiers, tels que la Croatie ou le Togo. Plus grand que la Suisse, et presque deux fois la taille de la Belgique, il est bordé par endroits d'immenses dunes de sable assez spectaculaires et relativement improbables pour la région. Hier, nous sommes allés faire une randonnée autour du Sleeping Bear Dunes National Lakeshore, où nous avons marché plusieurs kilomètres les pieds nus dans le sable, à grimper les dunes (de plusieurs dizaines de mètres de haut), avant d'arriver à la plage. La région est aussi connue pour ses pistes cyclables, de plusieurs centaines de kilomètres, qui permettent, loin de l'agitation des véhicules motorisés, de relier une jolie ville à une autre et en bordure de lac. Nous avons ainsi pu gagner Suttons Bay depuis Traverse City, avec pour seule compagnie quelques autres cyclistes et bon nombre de paysages variés. A cela s'ajoutent des évènements ponctuels, comme le Traverse City Film Festival, qui se déroule en ce moment, et les nombreux bars, restaurants et micro-brasseries du coin qui organisent régulièrement des concerts l'été. Pour s'y rendre, il faut faire escale à l'aéroport de Détroit, très moderne et relativement agréable, ou faire étape à Chicago. Il nous reste encore une petite semaine en famille, à profiter des voyageurs venus d'Australie, et de Dubai/Corée, avant de retrouver la moiteur étouffante de la Floride. Et d'ici là, nous comptons bien profiter un peu plus des wineries, food trucks, dried cherries et autres spécialités locales...




mercredi 18 juillet 2018

Une victoire tricolore


Ayant suivi de plus ou moins près (ou de plus ou moins loin) les matchs de la coupe du monde de football, nous n'allions sans doute pas manquer la grande finale de l'équipe de France ce dimanche. Miami s'était mise complètement à l'heure du ballon rond, avec des bars, restaurants et zones avec écrans géants pleins à craquer. Nous nous sommes donc retrouvés au centre-ville de Coral Gables, avec pour objectif de voir cette finale au fameux bar allemand du coin, connu pour son engouement pour le football et ses retransmissions systématiques de tous les matchs en cours. La zone avait été privatisée pour l'occasion, avec écrans géants, bières à volonté et bretzels démesurés. Seule ombre au tableau, un soleil brûlant à l'heure de midi et aucune place assise restante. Amaury ne s'est pas montré très coopérant, et après avoir engouffré un giant pretzel il n'a pas vraiment su trouver d'intérêt pour cet évènement national. Nous sommes donc rentrés fissa à la maison, notre petit monstre larmoyant sous le bras, espérant pouvoir capter la deuxième mi-temps sur notre télévision, qui n'a en fait de télévision que le nom, mais qui correspond plutôt à une sorte d'écran connecté qui ne donne droit qu'aux chaines transmises par internet et à quelques chaines internationales. Après avoir vu une petite partie du match sur Telemundo, nous avons pu finalement capter une chaine locale de Fox, qui retransmettait cette finale en direct. Quatre-vingt-dix minutes plus tard et après quelques dizaines de secondes de prolongation, les bleus sont devenus champions du monde pour la seconde fois. Depuis, à peu près chaque habitant de Miami que j'ai croisé a eu l'occasion de me féliciter (comme si moi, personnellement, j'avais directement participé à ce jeu). Notre maison s'est fleurie de quelques fanions tricolores, histoire de nous démarquer dans le voisinage et de prolonger le goût de cette victoire quelques jours encore. Les Etats-Unis ne sont pas une grande nation historique du football, mais puisque Miami est au carrefour de l'Amérique du Sud, toute la ville a su vibrer au son de cette coupe du monde, et l'enthousiasme est tel que nombre de nos amis ont commencé à inscrire leur (très) jeune progéniture à des clubs de soccer pour enfants....

jeudi 12 juillet 2018

Bienvenue à la maison !


Nous sommes bien arrivés à Miami, après un voyage fatigant (une voiture, deux avions, et un taxi plus tard) mais relativement serein. Amaury a été calme la plupart du trajet, à grands renforts de jeux variés et de nombreuses surprises tirés de mon fameux sac magique de maman. Nous avons retrouvé la chaleur et la moiteur locale, et avons pu constater que le jardin s'est empressé de profiter du climat estival pour se transformer en forêt vierge. Certaines plantes ont tout simplement doublé de taille, la faute à une pluviométrie généreuse couplée à des températures constantes de trente degrés, de nuit comme de jour. Nous sommes arrivés juste à temps pour la fin de la saison des mangues locales, excellentes et particulièrement sucrées. Il serait d'ailleurs presque insultant de considérer comme mangues les fruits durs et fades que l'on trouve en France (de la même façon que le "camembert américain" n'a de camembert que le nom). Grâce à nos adorables voisins qui possèdent un solide réseau de connaissances presque toutes propriétaires de manguiers, nous avons reçu un énorme sac de ces fruits succulents dès notre arrivée hier soir ; la moitié du sac a déjà été mangée, et je sens que le reste ne va pas faire long feu ! Nous avons aussi un manguier, mais qui n'a rien donné cette année, suite à sa longue convalescence après le passage de l'ouragan Irma. Nous avons défait les valises, ré-approvisionné le frigo, et avons repris nos petites habitudes en Floride. Il m'est certes arrivé de chercher ma pédale d'embrayage deux ou trois fois, tout en réalisant que je conduisais de nouveau une voiture automatique, mais globalement, c'est un peu comme si nous n'étions jamais partis en France. A cela près que nous avons rapporté une véritable pléthore de trésors du vieux continent, parmi lesquels du chocolat (of course), des matières premières pour la pâtisserie difficiles à trouver au pays de l'oncle Sam, du vin, des épices, et d'autres petits souvenirs qui se dégustent facilement. Et si certains touristes pensent que l'on prend du poids lorsqu'on voyage aux Etats-Unis, en ce qui me concerne, je suis plutôt de ceux qui grossissent lorsqu'ils sont sur le sol français...


mardi 10 juillet 2018

Good bye, France


Notre parenthèse française touche à sa fin, après un séjour particulièrement ressourçant auprès de la famille et des amis du vieux continent. Une dernière crème brûlée, un dernier croissant, quelques derniers échanges dans la langue de Molière, un dernier repas au restaurant de l'hôtel et un dernier petit déjeuner à l'aéroport nous attendent avant le départ. Demain, nous prenons un vol pour Miami, via Atlanta. Comme à l'aller, je redoute un peu les nombreuses heures en avion avec notre petit monstre, d'autant que cette fois-ci, ce n'est pas un vol de nuit. J'ai toujours mon sac à surprises, bourré de trésors pour parfaire la patience limitée d'un rejeton de vingt-sept mois. Ce fut un bel été à la française, comme on les aime, sous le soleil et en douceur, entre apéros et barbecues, restaurants et balades à la campagne. Amaury a bien profité de ses grands-parents, de ses oncles/tantes et cousins, et du jardin, et il a aussi poussé comme un champignon. Demain soir, après un périple de presque dix-huit heures (escale comprise), nous allons retrouver notre maison, notre chez-nous, notre jardin, et la chaleur moite de l'été à Miami. Pour quelques jours en tout cas, car très bientôt, nous nous envolerons pour une autre destination particulièrement agréable l'été, tout au nord et au bord du lac Michigan, où ma belle famille nous attend avec impatience. Les relatives sont attendus des quatre coins du monde, de Dubaï et d'Australie, et il nous tarde de les voir enfin. En attendant, il nous reste quelques petites heures sur le sol français, partagées entre les quelques larmes à l'idée de quitter sa terre natale, et l'impatience de rentrer chez soi. Alors, je savoure ces instants autant que possible. Good bye, France ; ce fut un très bel été...


dimanche 8 juillet 2018

Lyon, mon amour


Chaque année, malgré le peu de distance entre Lyon et le Jura, nous ne prenons pas le temps de nous rendre dans la capitale des Gaules. Et pourtant, nous avons eu l'occasion d'y passer quelques heures cette semaine, et de profiter brièvement de sa gastronomie et de ses rues au bord de l'eau. Lyon, c'est plus que la ville universitaire où nous nous sommes rencontrés. C'est aussi le souvenir de notre vie française, lorsque la perspective de l'expatriation n'était qu'une vague option floue dans l'avenir, et que je me voyais y rester pour le reste de ma vie. Le destin en a donc décidé autrement, faisant de Lyon une ville presque mythique, ville du souvenir, ville de notre mariage, et ville de notre coeur. Certains chérissent Paris, d'autres la campagne ; en ce qui me concerne, rien ne remplace Lyon, ses traboules, ses pognes aux pralines roses, ses quais de Saône, ses quais du Rhône, sa confluence et ses ruelles animées. Alors si le séjour fut trop bref, rien n'empêche d'y revenir plus longuement l'an prochain... 


mardi 19 juin 2018

A disgusting president


Il me faudrait des pages et des pages de blog pour relater les frasques et les horreurs de la présidence Trump, et la tâche serait presque impossible tant il y a à raconter. Les dernières actions de notre puppet president sont si condamnables qu'il m'est impossible de ne pas les partager. L'adage dit bien "qui ne dit mot consent". Alors rester de marbre, silencieux, sans condamnation officielle, devant des décisions inhumaines, reviendrait tout simplement à les approuver. Il existe de nombreux migrants, réfugiés politiques, réfugiés économiques, qui se présentent régulièrement à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis pour demander l'asile politique. Nombreux sont ceux qui franchissent aussi cette frontière illégalement. En réponse à cette situation, l'administration Trump a décidé, en désaccord avec les lois internationales, de séparer les enfants de leurs parents. Les enfants (parfois très jeunes) sont conduits tous seuls dans des centres de rétention, où ils n'ont presque pas ou pas de contact téléphonique avec leur famille. Là-bas, ils s'entassent sur des matelas à même le sol, derrière des grillages, recouverts pour la nuit de couvertures de survie en métal. Pas de loisir, pas de liberté, et une cruelle absence, celle des parents. Les membres des équipes en charge de ces enfants ne parlent pas leur langue, et ils n'ont aucune formation pour s'en occuper. Pourquoi une telle décision ? Il n'y a pas de réponse et de justification qui puisse être avancée. Ce traitement inhumain va à l'encontre de la constitution américaine, où le huitième amendement s'insurge contre les punitions cruelles. Cette photo, que j'ai choisie pour illustrer mon propos, est celle d'une petite fille de deux ans, originaire du Honduras, sur le point d'être séparée de sa mère. Combien sont-ils ? Plus de deux mille actuellement selon les récentes investigations des médias américains. Ils seraient plusieurs milliers en tout, depuis l'entrée en vigueur des nouvelles directives concernant l'immigration. Je ne peux m'empêcher de penser à la barbarie nazie, qui, à l'époque, conduisait à séparer les enfants de leurs parents à l'arrivée dans les camps d'extermination. Alors où est la limite entre un contrôle strict des migrations, voulue par l'administration américaine, et l'assurance du respect de la dignité humaine ? Comment l'un des pays les plus riches au monde peut-il traiter des enfants (et leurs parents) comme des animaux, et les mettre en cage ? Les médias français commencent seulement à s'emparer du sujet ; mais ces ignominies ont levé depuis plusieurs semaines un tollé sur le sol américain, depuis le 6 Avril 2018, date d'entrée en vigueur des nouvelles directives. Trump est montré du doigt, à juste titre, et tente maintenant de sauver la face aux yeux du reste du monde. Mais pourtant, personne n'est dupe, et ses infâmes décisions doivent être connues du grand public... 

dimanche 17 juin 2018

Home, sweet home


Nous sommes bien arrivés en France, après un long voyage qui s'est très bien passé, Amaury ayant décidé de dormir pendant tout le vol de nuit, et d'être plutôt calme en voiture au retour de Roissy. Le décalage horaire est passé comme une lettre à la poste (une fois n'est pas coutume !) et nous avons déjà bien profité du Jura. Le jardin, le potager, les engins agricoles et les balades au grand air profitent tout particulièrement à un toddler plein d'énergie. D'ici quelques jours, je vais partir à Paris retrouver mon homme qui m'y a précédée, et qui y travaille d'arrache-pied, histoire de passer quelques jours en amoureux et de voir nos amis et la famille qui y résident. Amaury va rester à Montmorot, à la campagne, avec ses grands-parents, et je le retrouverai la semaine suivante. Je n'ai encore jamais passé plus de trois jours sans lui, et j'avoue que je risque d'être un peu crazy-mommy sans mon petit loulou ! D'ici-là, nous avons quelques jours pour continuer à tester toutes les pâtisseries du coin. Je dois dire que ma sweet tooth me fait profiter de la gastronomie française un maximum...

lundi 4 juin 2018

Une nouvelle année s'achève


Il est désormais presque temps de refermer cette page scolaire pour l’été. D’ici deux jours, je vais vider mon bureau de mon matériel (encombrant) et de mes affaires, qui seront stockés à la maison jusqu’au mois d’Août. 71 petits patients, de trois ans à la fin du collège, se sont succédés chaque semaine en rééducation. De petits anges, de petits démons, avec ou sans trouble du comportement, trouble de l’attention, retard de parole, retard de langage, troubles des apprentissages, trouble du spectre autistique, retard cognitif et/ou bilinguisme. Un planning chargé, minuté, chronométré et sans réelle pause déjeuner (luxe ô combien français). La vie d’une orthophoniste dans une école américaine est faite d’avantages et de nombreux compromis. Un emploi du temps overbooked mais condensé sur neuf mois, avec l’été off en récompense –bien méritée-. Peu de séances individuelles, mais des groupes d’enfants, jusqu’à quatre élèves rassemblés par âge ou besoins spécifiques. Des progrès (parfois à tour de bras), des groupes plus ou moins remuants, une tonne de paperasse et une machine bien rodée, voilà ce que je retiens de cette dernière année. J’ai vu des enfants non-verbaux devenir de vraies pipelettes. J’ai vu des enfants s’extasier et sourire lorsqu’ils commencent à progresser. J’ai aussi vu quelques parents douteux, auxquels chaque orthophoniste est malheureusement confronté dans sa carrière (mais cela vaudrait d’écrire un article de blog tout entier !). Je regarde aujourd’hui avec regret mes grands ados autistes de haut niveau partir au lycée, où ils seront suivis par une collègue qui n’est pas moi, même si au fond, je l’ai vraiment attendu impatiemment, cet été. Deux tout petits jours nous séparent du départ. Alors, vraiment, je peux avouer que je n’ai jamais été si impatiente…

vendredi 1 juin 2018

Premier jour de la saison des ouragans

La saison des ouragans (source : CNN)
Au cours des six derniers mois, je m’étais bien gardée d’y penser, mais la période de répit est terminée. Aujourd’hui, tout recommence. Le premier Juin marque officiellement le début de la saison des ouragans. Les prévisions annuelles ne sont ni réjouissantes, ni alarmantes. Dix à seize cyclones sont attendus dans l’Atlantique cette année, dont un à quatre pouvant potentiellement se transformer en ouragan majeur, avec des vents de catégorie 3 et au-delà (vents d’au moins 178 kilomètres par heure et plus). La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) prévoit néanmoins un risque de 75% que la survenue de ces ouragans soit de fréquence habituelle ou plus fréquente que d’habitude. En 2017, la saison avait été très chargée, avec un total de 16 cyclones (dont 6 de magnitude très importante, classifiés comme ouragans). Trois d’entre eux avaient touché le sol américain, Harvey, Irma et Maria, avec de sérieux dommages au Texas, à Puerto Rico et dans les îles Keys. Pour l’instant, avec une saison tout juste débutante, le risque est faible. Fin Août-début Septembre, ce risque sera grandement majoré. Alors que pouvons-nous faire ? Avec un puppet-president qui ne croit pas au réchauffement climatique, les pronostics ne sont pas encourageants. Les spécialistes prévoient des ouragans plus lents, donc potentiellement porteurs de plus de pluie, avec des vents de plus en plus violents au cours des prochaines décennies. A notre échelle, il est difficile de s’y préparer. Nous avons notre « boîte de survie » (encore que nous ne l’ayons encore pas remplie cette année), notre radio, nos bougies et notre espoir que rien ne se produise. Et seul l’avenir nous dira ce que le crû 2018 nous réserve…

Aucun cyclone prévu dans l'Atlantic prochainement

lundi 28 mai 2018

Un weekend à regarder la pluie


Nous en sommes officiellement au troisième weekend de grosse pluie. Une pluie parfois si intense que les risques d'orage violent sont occasionnellement associés à des risques de tornades locales. Nous nous sommes réveillés hier matin avec cette alerte sur nos téléphones, nous demandant de nous éloigner des fenêtres et de chercher refuge dans les pièces intérieures de la maison. Heureusement pas de tornade en vue dans notre quartier, l'alerte a été levée très rapidement. On ne plaisante pas ici avec ce genre de météo ! L'évènement n'est pas exceptionnel mais pour le moins inhabituel à cette saison. Nous ne sommes encore pas officiellement rentrés dans la saison des ouragans (même si cela s'approche), mais nous avons la désagréable surprise de subir la fin de la tempête tropicale Alberto. D'ici deux ou trois jours, le beau temps sera sans doute de retour. A défaut de pouvoir courir dehors en ce weekend de Memorial Day, nous nous sommes réfugiés à l'intérieur, avec une panoplie de jeux plus ou moins calmes, et des activités cuisine en tous genres. Demain, je reprends le travail après ce weekend de trois jours, et ce pour une bonne semaine. Mercredi prochain, nous nous envolons pour la France, alors il va falloir songer à préparer les bagages...

Prévisions pour la tempête tropicale Alberto (source : National Hurricane Center)

vendredi 25 mai 2018

Le problème des armes à feu aux Etats-Unis (épisode 2)

La carte des attaques à l'arme à feu dans des écoles américaines depuis le début de l'année 2018 (source : CNN)
J'avais déjà évoqué ce sujet brûlant récemment dans un article à retrouver ici. Mais depuis, d'autres tueries ont eu lieu dans des écoles américaines, poursuivant un débat totalement improductif entre pro et anti armes à feu. L'une de ces attaques a eu lieu aujourd'hui dans l'Indiana, blessant deux personnes. La semaine dernière, dix personnes ont été tuées à Santa Fe au Texas. Une semaine avant, c'était en Californie qu'un jeune homme de quatorze ans avait ouvert le feu dans son ancien lycée avec une arme semi-automatique. Si les lycéens de Parkland et d'autres écoles touchées par ce fléau continuent à monter au créneau, peu d'avancées législatives sont encore à noter. Le durcissement des lois pour autoriser la vente d'armes à des jeunes de moins de vingt-et-un ans n'y changerait rien, car les assaillants sont souvent de jeunes mineurs, loin d'avoir l'âge légal de se procurer des armes.  Et il est toujours possible d'acheter des armes de guerres, normalement utilisées par l'armée, légalement, un peu partout. La NRA (National Rifle Association) poursuit son lobbying destructif et lucratif, sans que rien ni personne ne puisse s'y opposer. Parallèlement, la sécurité dans les écoles publiques est renforcée un peu plus chaque jour. Hier, nous avons eu droit à un énième entraînement pour se préparer à une éventuelle attaque armée à l'école. Ce lockdown drill, code rouge pour les intimes, se passe en trois temps. Le premier, celui de l'annonce officielle du principal de l'école, dans les micros et à plein volume, demandant de se barricader dans nos classes et salles de travail (ce qui en soit est déjà relativement inquiétant, surtout si l'on n'a pas eu à priori connaissance de la survenue d'un exercice, et que l'on conserve toujours un léger doute sur la véracité d'une réelle tuerie). Le second temps, d'une durée de quatre à cinq minutes, où l'on éteint les lumières, où l'on garde le silence et où l'on patiente. Le troisième, celui d'une nouvelle annonce officielle de la fin de l'exercice. Si toutefois l'exercice se transformait en situation réelle, il me faudrait protéger les enfants derrière des tables renversées à la verticale, ou se coucher par terre pour esquiver les balles. Un scénario peu réjouissant, mortifiant, glaçant, et, bien que peu probable, pas fondamentalement impossible. Hier, pendant l'exercice, j'avais la chance de me retrouver avec mes élèves de Pre-K, qui ont entre quatre et cinq ans, et qui écoutent relativement bien mes consignes. Mais si ça avait été mon groupe de Kindergarteners, plus âgés mais dont trois sur quatre sont autistes, avec des troubles plus ou moins sévères du comportement et des réactions absolument imprévisibles, ça n'aurait pas été une si mince affaire. Le pire dans cette histoire, c'est que le danger potentiel se poursuit et se majore au lieu de s'atténuer. A défaut de mieux contrôler les armes en circulation et les armes à la vente, les autorités pensent à armer les enseignants qui le souhaitent à condition de recevoir une formation adaptée. Autant dire qu'avec le burn-out et la lassitude de certains de mes collègues, exaspérés par des élèves dissipés et horripilants, il n'est pas impossible qu'un jour l'un d'entre eux s'aliène et ne craque, faisant usage de son flingue, celui-là même qui est censé protéger les enfants...

dimanche 20 mai 2018

Les contradictions de la parentalité


Quand tu en viens à te cacher pour manger discrètement du chocolat pour le goûter, histoire de ne pas influencer les habitudes alimentaires de ton fils (mais qu'il te surprend quand même ou qu'il traque l'odeur sucrée de ton haleine, exigeant alors sa part), tu te dis que la parentalité est vraiment faite de contradictions. Il y a ces jours (nombreux) où tu vérifies qu'il mange cinq fruits et légumes, crus et cuits, de toutes les couleurs, bios et frais, de préférence. Et puis il y a ces jours où tu lui refiles allègrement un paquet de chips pour le dîner, et où tu le laisses se goinfrer de trucs chimiquement colorés à un anniversaire, juste histoire qu'il ne geigne pas et qu'il te laisse deux minutes tranquille. Il y a aussi les jours où tu lui apprends à ranger ses chaussures et à mettre ses vêtements sales dans le panier à linge, et à mettre ses mouchoirs usagés à la poubelle, avant de le laver à grandes eaux, des pieds à la tête, en insistant sur les recoins et les pieds, avant de l'admirer propre comme un sou neuf. Et puis, il y a ces jours où tu dois te faire violence pour lui donner un petit bain vite-fait, et où tu considèrerais presque les traces de terre sur ses jambes nues comme un pigment naturel de sa peau. Il y a aussi ces jours où tu planifies des activités chronométrées et élaborées, où la journée est partagée entre les playdates au parc, les coloriages et autres activités manuelles, les visites à la piscine, les activités cuisine, les cours de musique et les heures de lecture et relecture de ses livres préférées. Mais il y a ces jours où tu le laisses en pyjama, où rien n'est planifié, où l'inactivité est reine, et où tu penses (très sérieusement) à lui donner un somnifère afin de pouvoir toi-même te reposer. Certains jours, lorsqu'une sortie est prévue, tu vérifies que la couleur de ses chaussettes soit assortie à celle du t-shirt, tu lui donne un coup de peigne pour enlever ses épis, et tu t'efforces (vainement) d'empêcher l'apparition de taches douteuses sur ses vêtements. Mais d'autres fois, tu renonces à négocier et tu acceptes qu'il porte un bas de pyjama mickey pour aller au supermarché, parce que sinon tu sais que la guerre nucléaire sera officiellement déclenchée et que tu en auras pour une bonne demie-heure de sons geignards et plaintifs. Et puis il y a l'éternel débat sur les écrans, addictifs et nocifs, auxquels tu sais que tu ne devrais jamais exposer ton rejeton. Face à la cruelle réalité, où tu aimerais bien pouvoir te doucher ou aller aux toilettes sans un spectateur de deux ans qui t'observe. Alors tu renonces, et tu autorises Youtube kids pendant quelques minutes, en pleine contradiction de tes exigences de parentalité. Après tout, élever un tyran de vingt-six mois consiste tout simplement à diriger en lui donnant l'impression que c'est lui qui tient les rênes. Les enfants commandent et les parents obéissent, c'est bien connu. Et tu contemples avec humour ta vie de maman, en te disant que décidément rien ne se passe jamais comme tu l'avais prévu...

dimanche 13 mai 2018

Moins d'un mois


Le compte à rebours est officiellement lancé ! Dans moins d'un mois, nous nous envolerons tous les trois pour la France. J'ai vraiment hâte de revenir dans mon cher Jura pendant quelques semaines. Ma famille me manque, mes amis me manquent, les (bons) fromages me manquent, les baguettes croustillantes me manquent, les croissants me manquent, et la langue française également... Chaque année, tous les printemps, j'ai cette espèce de petite nostalgie de ma région natale, quel que soit notre lieu de vie. Un an bientôt s'est écoulé depuis notre dernier séjour en France. Les expatriés connaissent bien cette petite sensation de manque, qui leur fait compter les semaines, les jours et les heures. Ce subtil mal du pays, presque discret la plupart du temps, se fait parfois d'autant plus sentir à mesure que les vacances approchent. J'ai déjà commencé à planifier le contenu de nos valises, à rassembler de petits cadeaux, à anticiper les besoins d'un toddler de deux ans pendant un long voyage en avion. D'ailleurs, si l'excitation du voyage grandit de jour en jour, mon enthousiasme à divertir un petit monstre de 25 mois pendant 18 heures dans un espace clos et limité s'amenuisent dans des proportions relativement égales. J'ai d'ores et déjà prévu un sac rempli de surprises, de jeux et de tricks en tous genres, histoire de faciliter ce voyage et de dissiper les impatiences d'un petit garçon plein d'énergie. Des feutres et du papier (classique), un petit récipient pour faire des bulles, de nouveaux jeux encore inconnus et peu encombrants (petites voitures, figurines...), de nouveaux livres, un cahier d'activité avec 500 gommettes à coller, et bien sûr un presque indispensable écran (notre vieil iPad qui arrive en fin de vie et peut allègrement être abîmé par un enfant légèrement maladroit et tout particulièrement impulsif) font notamment partie de mon indispensable sélection pour voyager en toute tranquillité. Je n'aime pas tellement ces enfants qui passent des heures et des heures devant leur écran, en répondant à peine à leurs parents et en frôlant les symptômes autistiques, mais je dois avouer que les (très) longs voyages sont tout particulièrement appropriés pour tester ces engins électroniques addictifs. Il n'y a rien de plus pénible qu'un gosse qui s'ennuie en avion, qui hurle et qui crie, voire qui se roule par terre. (N'oublions pas que nous avons entamé la phase du terrible two). Alors si le mien peut éviter d'en faire partie, j'en serai tout à fait satisfaite ! Du coup, le sac à "activités" de voyage se remplit petit à petit, tandis que mon compte à rebours est lancé. Dans 24 jours et 5 heures, on décolle pour la France...

samedi 28 avril 2018

Elever un enfant plurilingue (épisode 1)


Ce n'est même pas un choix, c'est juste une situation factuelle. Amaury a été exposé depuis sa naissance à l'anglais et au français, et l'espagnol est venu compléter le tableau à partir de son entrée à la crèche à l'âge de cinq mois. Son acquisition du langage ne semble pas souffrir de ce bain multilingue, puisque nous avons un système très rodé, et aussi très naturel. Avec moi, le français est la langue unique. Pas d'anglais, jamais, sauf rares exceptions, même si je maitrise la langue et que je passe mes journées à parler en anglais avec mes petits patients. Avec Logan, le français et l'anglais sont utilisés, en fonction du contexte. Notre langue familiale est majoritairement française, mais lorsque mes deux hommes sont seuls, l'anglais est largement dominant. Et puis, puisque nous sommes à Miami, et que 75% de la ville de Miami parle espagnol, la crèche est un environnement hispanophone. Plusieurs types d'espagnols s'y côtoient, cubain, colombien, de la république dominicaine... Jusqu'à présent, cet apprentissage a été totalement naturel et pour le moins involontaire. Mais lorsqu'il a été question de choisir une nouvelle crèche pour l'an prochain, nous nous sommes tournés vers un établissement où l'espagnol continue à être majoritaire, car il est fort possible qu'Amaury finisse par perdre cette langue. A partir de 5 ans, l'école publique n'est qu'en anglais, l'espagnol y est banni, et de fait, il nous semblait important qu'il puisse continuer à l'apprendre sans s'en rendre compte. Quelques petits faits sont à rappeler concernant l'apprentissage simultané de plusieurs langues : être bilingue n'est pas un inconvénient, c'est plutôt un avantage. Les enfants qui sont exposés à plusieurs codes linguistiques grandissent en étant plus performants pour les activités multitâches. Etre bilingue n'entrave pas le développement normal du langage, que ce soit au niveau sémantique (acquisition du vocabulaire), et morpho-syntaxique (grammaire). Parfois, certains professionnels diront (à tort) que l'acquisition du vocabulaire est freinée par le multilinguisme. Or, si l'on additionne les mots connus dans toutes les langues parlées par l'enfant, il n'y a normalement aucun retard. Je m'étais toujours dit qu'Amaury aurait peut-être besoin d'un peu plus de temps pour s'y retrouver dans ce capharnaüm linguistique, et que peut-être il aurait un petit retard de langage. Mais force est de constater que tout se passe très bien à ce niveau-là. A deux ans et un mois, il fait des phrases de 3 ou 4 mots, il retient de nouveaux mots tous les jours et progresse très bien en terme d'articulation et de parole. Souvent, il m'arrive de rire dans ma moustache en l'écoutant jouer et parler tout seul. Le mot "truck" a longtemps été prononcé comme un gros mot anglais (pour cela, imaginez un /f/ à la place du groupe consonantique /tr/). La glace à la pistache a longtemps été prononcée "p-é-tasse". Et maintenant, Amaury sait très bien quelle langue il doit utiliser avec ses différents interlocuteurs. Il ne me parle jamais en anglais ou en espagnol, sauf pour des mots qu'il ne connait que dans ces langues-là. Un seul marqueur ostensible de son plurilinguisme est pourtant visible. Pas moyen de lui faire dire "oui", il répondra toujours spontanément yeah. Alors je compte bien sur notre petit séjour en France cet été pour que le bain de français du Jura nous booste un peu tout ça...