samedi 13 octobre 2018

Vivre avec la climatisation

L'unité de climatisation à l'extérieur de la maison
Qui dit climat tropical dit climatisation. Si les températures de Miami sont douces et sèches en hiver, elles n'en demeurent pas moins caniculaires et humides en été. Je n'avais jamais réalisé ce qu'un climat chaud et humide implique jusqu'à notre emménagement en Pennsylvanie centrale. L'été, il arrivait que des semaines entières se succèdent avec presque 100% d'humidité et des températures autour des 35°C. Pour se représenter à quoi cela correspond (car seuls nos amis de certains DOM-TOMs peuvent attester de ce qu'il en est), il suffit de s'imaginer, au sortir de la douche, ruisselant et trempé, collant et humide. Et que ce statut ne change pas, même après plusieurs heures. La climatisation refroidit les habitations mais elle permet aussi de limiter l'humidité, relativement désagréable. Pourtant, à l'époque de la Pennsylvanie, nous n'avions pas de climatisation centrale, car la durabilité de ce phénomène humide était limitée à quelques semaines en été tout au plus, et, faute de pouvoir allumer le four ou de pouvoir dormir confortablement à la fraîche (l'air humide reste très humide la nuit, ce qui empêche la température de redescendre comme on le verrait dans un climat sec), notre vie n'était pas trop impactée. Ici, en Floride du sud, c'est une tout autre histoire. Chaque maison (ou presque) est équipée d'une climatisation centrale (par opposition aux systèmes de clim qui s'intègrent aux fenêtres et font un bruit tout simplement épouvantable). En tant que française, j'avoue que même si la clim est indispensable, je n'en suis pas particulièrement fan. La première raison en est le bruit. Même centralisée, l'unité de refroidissement située à l'intérieur de notre maison fait un raffut du diable, de nuit comme de jour, et je commence seulement à m'y habituer (il était temps, après plus de deux ans passés ici !). La seconde raison tient à l'utilisation de ce que chacun fait de cette climatisation. Si je l'utilise personnellement raisonnablement (elle est réglée sur 26°C la journée, et 24°C la nuit), la plupart de mes compatriotes américains adorent conserver leur maison fraîche, voir carrément froide, et il n'est pas rare de voir des bâtiments publics où le thermostat est réglé sur 15 ou 16°C. Avouez que lorsque la température excède les 30° dehors, la différence entre l'extérieur et l'intérieur peut conduire à un choc thermique violent et nécessiter de devoir sortir la moumoute de fourrure et les gants. D'ailleurs cela doit être très culturel. Ayant grandi sans climatisation (et sans réelle nécessité de climatisation), je doit avouer que je déteste lorsque la clim envoie de l'air bien frigorifié dans la figure, et que j'ai tendance (même en tant que frileuse) à avoir la chair de poule chez tous nos amis chez qui l'air conditionné est réglé sur sa puissance maximale. Les français que je côtoient ici ont tendance à utiliser la climatisation avec relative parcimonie. Certains ne l'utilisent presque pas pendant la saison sèche. A l'époque où j'étais en grad school, j'avais dû acheter une couverture polaire pour me réchauffer lorsque je passais des heures dans le voice lab, où la clim était très puissante, hiver comme été. Et puis, si l'on réfléchit un peu à la préservation de notre belle planète, l'on sait que la climatisation consomme beaucoup d'électricité, et participe au réchauffement climatique. Il est d'ailleurs fort dommage que toute la lumière solaire de notre sunshine state ne soit pas utilisée à des fins d'énergie renouvelable. Des panneaux solaires ou photovoltaïques seraient si pratiques ici lorsqu'il fait beau près de trois cent cinquante jours par an...

L'unité (bruyante) de propulsion d'air à l'intérieur de la maison 

vendredi 5 octobre 2018

Red tide


Nous n'allons pas si souvent que cela à la plage, malgré le peu de distance qui nous sépare du sable blanc et de l'eau cristalline à 29 degrés toute l'année. Et pourtant, récemment, après des semaines chargées, il nous est arrivé plus souvent de faire un petit saut de puce à South Beach, histoire de piquer une tête et de se sentir en vacances pendant quelques heures. Malheureusement, ce weekend, il ne sera pas possible de renouveler l'expérience. La faute à une pandémie d'algues microscopiques toxiques, appelées red tide, qui peuvent être mortelles pour la vie marine et toxiques pour l'être humain. Elles créent notamment des irritations respiratoires, et des réactions allergiques plus ou moins sévères. Alors, même si la concentration de ces protozoaires relevée dans l'eau n'est pas réellement mortelle pour l'homme, de nombreuses plages ont été fermées cette semaine dans toute la Floride du Sud, notamment dans le comté de Palm Beach, mais aussi plus au sud, proche de Miami Beach. Les plages ont été rouvertes ce matin, avec un drapeau indiquant une baignade déconseillée, mais nous n'allons pas risquer d'y retourner jusqu'à ce que la situation soit complètement réglée. Dans certains endroits, la concentration d'algues est si importante qu'elle change la couleur de l'eau, rougeâtre, d'où son nom de red tide. L'homme est en partie responsable de ce phénomène, et notamment à cause de son implication avec la pollution de l'océan (agriculture, drainage d'égouts sauvage, etc...). Alors nous allons probablement nous rabattre sur des parcs et sur la piscine dès demain, car l'été semble loin d'être terminé. Les torrides chaleurs ne semblent pas vraiment s'estomper, ou si doucement, que seul les jours qui raccourcissent nous laissent vraiment nous apercevoir que l'automne est arrivé..

Miami Beach, avant l'épidémie d'algues microscopiques

mardi 2 octobre 2018

Pyjama day


J'ai grandi en célébrant carnaval, diverses kermesses et autres évènements du calendrier à l'école. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir eu autant de journées à thème, telles qu'on les retrouve dans le système public américain. Aujourd'hui, mon école célébrait Pyjama day, une journée où, contre un dollar pour financer United Way (une sorte d'organisation non lucrative qui oeuvre pour les écoles et la communauté locale toute entière), les enfants et les enseignants étaient invités à venir à l'école en pyjama (et pour certains, en chaussons). Nombreux sont ceux qui ont joué le jeu, et c'est à grands renforts d'imprimés nounours, buzz l'éclair, petits coeurs, spiderman et autres super-héros que la journée s'est déroulée. La semaine prochaine, ce sera crazy hat day. Une journée où tout le monde viendra avec un chapeau rigolo. Puis la semaine suivante, ce sera crazy socks day, immédiatement suivi de sunglasses day et de costume day (qui tombe bien évidemment le même jour qu'Halloween). Bientôt, il y aura une journée spéciale pour le centième jour d'école de l'année ; les élèves seront invités à se déguiser en personnes âgées pour l'occasion. Le tout agrémenté de pizza parties, régulièrement organisées au sein de chaque classe, soit pour des anniversaires, soit pour récompenser les élèves de leurs efforts. J'ai aussi vu des popcorn parties, des fall parties, des winters parties et des spring parties. A croire que les enfants passent leur temps à s'amuser ! En réalité, le planning des journées est plutôt chargé. Peu de temps de récréation (maximum une demi-heure par jour), un repas du midi avalé en trente minutes top chrono et parfois à des heures incongrues (neuf heures et demi ou dix heures du matin, pour ce qui compte comme déjeuner du midi...), des matières qui s'enchaînent avec beaucoup de sport, pas de cours d'histoire, pas de géographie, mais beaucoup d'anglais et de mathématiques, matières phares du programme. Les journées commencent à huit heures trente avec un petit déjeuner gratuit à la cafétéria, et se terminent à quinze heures. L'année est rythmée par les fields trips, ou excursions, dont la qualité et la fréquence dépendent largement de la zone où l'école est localisée. Alors en attendant de vous en dire plus dans un autre article, je ne sais pas vous, mais j'aurais bien envie d'acheter une paire de chaussettes criardes et rigolotes en prévision de crazy socks day...

lundi 10 septembre 2018

Une nouvelle école


Je l'avais brièvement mentionné lors de mon dernier article, j'ai été affectée à une toute nouvelle école une semaine après la rentrée. Finie mon ancienne école où le doux créole berçait mes journée, j'ai déménagé dans une école démesurée qui accueille près de 1200 étudiants. Il s'agit d'un centre scolaire qui accueille régionalement des enfants à besoins spécifiques, et notamment des enfants autistes. Située en plein coeur de Little Havana, l'espagnol constitue maintenant la langue dominante de mon environnement professionnel. Tous mes collègues parlent bien sûr anglais, mais bon nombre d'entre eux parlent espagnol à la maison. L'école est une école classique qui a développé un programme spécifique pour les élèves présentant un trouble du spectre autistique. Ces enfants sont repartis dans des classes spécialisées, et certains d'entre eux passent tout ou partie de la journée avec des enfants tout venant ; on parle alors de classes d'inclusion, où l'on inclue les enfants autistes (qui en sont capables) à des classes d'enfants typiques. Ils reçoivent alors des services spécialisés pour les matières fondamentales (lecture, écriture et mathématiques), mais ont l'occasion de partager un enseignement classique pour les autres matières. Une belle manière de tenir compte à la fois des difficultés et du potentiel d'apprentissage. D'autres enfants, peut-être plus en difficulté ou dont le trouble est plus sévère, sont intégrés à des classes spécialisées uniquement pour enfants autistes. Les groupes sont très petits, sept à dix étudiants pour deux à trois adultes. Vous avez bien lu, deux ou trois adultes, et certains enfants ont même des paraprofessionals, un genre d'AVS à plein temps qui les aide individuellement tout au long de la journée. Certains enfants qui en ont les capacités suivent le programme normal. Ils pourront sans doute un jour obtenir leur diplôme de fin de lycée, grâce au suivi individualisé et aux classes restreintes. D'autres, plus en difficulté, reçoivent un programme modifié et adapté, qui les conduira à un diplôme "spécial", une sorte de diplôme alternatif pour les étudiants à besoins spécifiques. Dans ces classes, les enfants non verbaux, qui possèdent des difficultés sévères de comportement, de communication et d'apprentissage, avancent à leur rythme. Certains lisent et écrivent déjà tandis que d'autres en sont à apprendre les notions d'attention conjointe et référence conjointe. Pour bon nombre d'entre eux, il leur faut beaucoup d'assistance pour acquérir de petites connaissances, étape par étape. Je connais l'existence des classes spécialisées en France, mais je n'ai jamais entendu parler d'un tel ratio prof/élève. Il faut dire que les Etats-Unis sont beaucoup plus en avance pour accueillir les enfants handicapés à l'école que ne l'est la France. Ou plutôt, la France est sacrément en retard pour favoriser cet accueil. La volonté est là, mais les moyens ne suivent pas. Je connais tellement de parents français qui doivent se battre bec et ongles pour que leur enfant autiste puisse être scolarisé... Alors pourquoi un tel décalage ? Au pays de l'Oncle Sam, l'IDEA (Individuals with Disabilities Education Act) est une loi fédérale (nationale) qui assure aux enfants handicapés une éducation gratuite et adaptée. De facto, les enfants doivent être accueillis à  l'école, et donc l'école a dû s'adapter. J'ai des amis enseignants en France qui ont hérité d'enfants à besoins spécifiques dans leur classe, sans formation, sans aide aucune, et sans guidance. Intégrer pour intégrer mais sans réels moyens et à la charge des enseignants n'est pas une solution. L'idée de créer des classes spéciales (qui seraient bien plus nombreuses qu'aujourd'hui), où les enfants handicapés pourraient partager une partie de la journée et certaines matières avec des élèves tout venant me parait bonne.  Mais la décision est d'abord politique, et surtout économique. Et ce système américain fait ses preuves ; de plus en plus d'enfants autistes qui en ont le potentiel vont maintenant à l'université, grâce à leur parcours scolaire facilité. Encore faudrait-il que cette réussite s'étende à notre bon vieux continent...


lundi 3 septembre 2018

Labor day weekend



Ce lundi était férié pour célébrer labor day, un sorte d'équivalent de la fête du travail aux Etats-Unis. Comme chaque année depuis notre arrivée à Miami, nous sommes allés à la plage ce jour-là, histoire de prolonger les vacances, à peine deux semaines après la rentrée. Nous avons donc rempli la voiture et pris la route vers Lauderdale-by-the-Sea, une heure au nord de Miami, où nous avons nos habitudes. La tempête tropicale Gordon aura décidé de s'en mêler, ce qui nous a forcé ce matin à écourter notre séjour et à revenir à la maison sous une pluie battante. Mais cette météo récalcitrante n'a pas su entacher notre enthousiasme ; entre les gouttes, le soleil a pu se montrer et nous avons pu emmener notre petit Loulou jouer dans les vagues, courir derrières les goélands et faire quelques pâtés de sable. Nous avons aussi pu étrenner notre tout nouveau beach wagon, sorte de petit charriot pliable dont les roues sont adaptées au sable, ce qui permet de transporter le parasol, la glacière, les jeux de sable, les serviettes, et accessoirement, notre toddler de presque deux ans et demi qui raffole particulièrement des voyages sur roulettes. Le vent était assez violent, et les vagues très puissantes, et la présence d'algues un peu partout nous a décourager de réellement nager, mais nos pieds et nos jambes ont pu faire trempette, ce qui est déjà pas mal. Cet après-midi, c'est donc depuis notre maison que j'écris ce billet, tandis que la pluie battante continue de s'abattre sur toute la région du sud de la Floride. Demain, après ce weekend prolongé, je retourne travailler avec un petit peu d'appréhension, ayant été affectée à une nouvelle école quelques jours après la rentrée, mais ce sera le sujet d'une tout autre histoire...


vendredi 17 août 2018

Cookie monster


Après plusieurs années aux Etats-Unis, j'ai progressivement appréhendé une nouvelle façon de manger, incluant dans mon alimentation des incontournables de la gastronomie américaine, au détriment de certains spécimens gustatifs pour lesquels je peine à m'adapter. Prenez par exemple la sauce barbecue : certains français en raffolent, et la plupart des américains en consomment régulièrement. Pour ma part, vous n'en verrez jamais dans mon assiette. Et la liste peut vite s'allonger. Point de coca-cola, de diet coke, ni de ketchup, ni de moutarde locale, ni de mayonnaise industrielle, encore moins d'autres sodas sucrés, de desserts qui associent menthe et chocolat, d'ailes de poulet frites et épicées (les fameuses wings),  encore moins de MacDo ou d'autres chaines de junk food. Je n'aime pas spécialement le beurre de cacahuète, même si j'en utilise dans des pâtisseries. Je ne raffole pas non plus des chips and salsa, auxquelles Logan voue une vénération sans bornes. Le beurre américain n'est pas non plus terrible, et il faut se tourner vers le beurre importé pour y trouver son compte (Irlande, Finlande, ou France par exemple). Et pourtant, si je montre une certaine réluctance à manger ces spécialités de la culture américaine, j'ai très facilement inclus un certain nombre de ces delicacies dans mes menus journaliers. A commencer par le petit déjeuner : je bois des gallons et des gallons de jus de cranberries, et j'enfourne volontiers un vrai bagel New Yorkais (à bien sûr ne pas confondre avec les bagels caoutchouteux du supermarché, vous en conviendrez). Le tout tartiné de beurre Président aux cristaux de sel, importé de Normandie (je reste française malgré tout !). Je suis aussi devenue accro au cream cheese, notamment lorsqu'il est question de faire un cheese cake ou d'accommoder un plat au saumon fumé. Et puis je ne suis pas contre les sweet potato fries, légèrement sucrées et particulièrement atypique pour mes papilles de française. Et progressivement, j'ai inclus des spécialités venues du monde entier. Le ceviche, équivalent péruvien du carpaccio, est particulièrement délicieux. On citera notamment la nourriture indienne, mexicaine (je raffole des véritables tacos), italienne et japonaise. Loins sont les jours de mon enfance bercés par les quenelles en sauce, les paupiettes de veau, la blanquette, la choucroute et les spécialités à base de fromage fondu. Ici à Miami, il est plutôt rare de déguster une vraie raclette ou une bonne tartiflette. Mais ma plus grosse addiction, loin s'en faut, concerne les véritables cookies américains en tous genres : Oreos cookies (plus addictifs que la cocaïne, selon certaines études scientifiques), cookies géants, aux pépites, au beurre de cacahuète, aux noix de pécan, aux trois chocolats. Je suis un vrai cookie monster. Au point qu'on ne puisse pas en avoir à la maison, au risque certain de les voir disparaître prématurément...




mardi 14 août 2018

Road trip


Il aura fallu presque cinq jours pour avaler les deux mille miles qui nous séparent de Hinton, en Virginie occidentale. Soit près de trois mille deux cents kilomètres, avec un toddler de deux ans dans la voiture. Mais rien n'aurait fait que nous manquions un beau mariage franco-américain à la campagne. Beaucoup de conduite, une brève étape à la plage, et de longues heures en voiture qui ont (heureusement) été écourtées par quelques siestes, des séances (intensives) d'écrans additifs et de nombreux snacks appartenant à la catégorie de la junk food. Amaury a développé une passion sans limites pour les froot loops, sorte de céréales pour enfants sucrées et artificiellement colorées, mais qui se grignotent sans mess et qui durent un certain temps. Partis d'abord de Miami, nous avons pu faire étape à Amelia Island, au nord de la Floride, histoire de profiter de la plage et de couper la route. De là, nous avons pris la direction de Florence, en Caroline du Sud, où des amis nous attendaient pour diner. Le lendemain, il nous restait pas mal de route à faire avant de rejoindre la Virginie occidentale, histoire d'arriver à temps pour le rehearsal dinner. Le weekend fut absolument fantastique, avec la visite de la famille française, des mariés souriants et heureux, et des paysages verts montagneux particulièrement agréables. Au retour, nous avons conduit le plus longtemps possible avant de laisser notre fatigue décider de notre étape pour la nuit. Nous nous sommes arrêtés en Caroline du Sud, presque à mi-chemin et un peu au nord de Savannah, et avons repris la route le lendemain. Inutile de préciser que nous avons été très contents de regagner nos pénates, juste à temps pour dîner et suffisamment tôt pour défaire nos valises. Après un tel périple, je crois que nous sommes prêts pour n'importe quel voyage avec un jeune enfant remuant. Alors peut-être pourrons-nous prévoir un autre road trip l'an prochain ?

Hinton, WV

dimanche 29 juillet 2018

Le lac Michigan


Les journées s'enchainent mais ne se ressemblent pas. Le nord Michigan est une région touristique relativement méconnue mais qui possède un charme indéniable. Avec des températures agréables tout l'été, loin des fortes chaleurs de Miami, la région des grands lacs possèdent une foultitude d'atouts qui plairont aux visiteurs venus du monde entier. Nous sommes dans la région de Traverse City, tout au Nord, en bordure de la Grand Traverse Bay, et à deux pas du lac Michigan. Ce lac immense est l'un des cinq grands lacs Nord américains, qui contiennent à eux seuls 21% de l'eau non salée de la planète. Il consiste en une superficie de 58 000 km2, soit une superficie plus grande que des pays entiers, tels que la Croatie ou le Togo. Plus grand que la Suisse, et presque deux fois la taille de la Belgique, il est bordé par endroits d'immenses dunes de sable assez spectaculaires et relativement improbables pour la région. Hier, nous sommes allés faire une randonnée autour du Sleeping Bear Dunes National Lakeshore, où nous avons marché plusieurs kilomètres les pieds nus dans le sable, à grimper les dunes (de plusieurs dizaines de mètres de haut), avant d'arriver à la plage. La région est aussi connue pour ses pistes cyclables, de plusieurs centaines de kilomètres, qui permettent, loin de l'agitation des véhicules motorisés, de relier une jolie ville à une autre et en bordure de lac. Nous avons ainsi pu gagner Suttons Bay depuis Traverse City, avec pour seule compagnie quelques autres cyclistes et bon nombre de paysages variés. A cela s'ajoutent des évènements ponctuels, comme le Traverse City Film Festival, qui se déroule en ce moment, et les nombreux bars, restaurants et micro-brasseries du coin qui organisent régulièrement des concerts l'été. Pour s'y rendre, il faut faire escale à l'aéroport de Détroit, très moderne et relativement agréable, ou faire étape à Chicago. Il nous reste encore une petite semaine en famille, à profiter des voyageurs venus d'Australie, et de Dubai/Corée, avant de retrouver la moiteur étouffante de la Floride. Et d'ici là, nous comptons bien profiter un peu plus des wineries, food trucks, dried cherries et autres spécialités locales...




mercredi 18 juillet 2018

Une victoire tricolore


Ayant suivi de plus ou moins près (ou de plus ou moins loin) les matchs de la coupe du monde de football, nous n'allions sans doute pas manquer la grande finale de l'équipe de France ce dimanche. Miami s'était mise complètement à l'heure du ballon rond, avec des bars, restaurants et zones avec écrans géants pleins à craquer. Nous nous sommes donc retrouvés au centre-ville de Coral Gables, avec pour objectif de voir cette finale au fameux bar allemand du coin, connu pour son engouement pour le football et ses retransmissions systématiques de tous les matchs en cours. La zone avait été privatisée pour l'occasion, avec écrans géants, bières à volonté et bretzels démesurés. Seule ombre au tableau, un soleil brûlant à l'heure de midi et aucune place assise restante. Amaury ne s'est pas montré très coopérant, et après avoir engouffré un giant pretzel il n'a pas vraiment su trouver d'intérêt pour cet évènement national. Nous sommes donc rentrés fissa à la maison, notre petit monstre larmoyant sous le bras, espérant pouvoir capter la deuxième mi-temps sur notre télévision, qui n'a en fait de télévision que le nom, mais qui correspond plutôt à une sorte d'écran connecté qui ne donne droit qu'aux chaines transmises par internet et à quelques chaines internationales. Après avoir vu une petite partie du match sur Telemundo, nous avons pu finalement capter une chaine locale de Fox, qui retransmettait cette finale en direct. Quatre-vingt-dix minutes plus tard et après quelques dizaines de secondes de prolongation, les bleus sont devenus champions du monde pour la seconde fois. Depuis, à peu près chaque habitant de Miami que j'ai croisé a eu l'occasion de me féliciter (comme si moi, personnellement, j'avais directement participé à ce jeu). Notre maison s'est fleurie de quelques fanions tricolores, histoire de nous démarquer dans le voisinage et de prolonger le goût de cette victoire quelques jours encore. Les Etats-Unis ne sont pas une grande nation historique du football, mais puisque Miami est au carrefour de l'Amérique du Sud, toute la ville a su vibrer au son de cette coupe du monde, et l'enthousiasme est tel que nombre de nos amis ont commencé à inscrire leur (très) jeune progéniture à des clubs de soccer pour enfants....

jeudi 12 juillet 2018

Bienvenue à la maison !


Nous sommes bien arrivés à Miami, après un voyage fatigant (une voiture, deux avions, et un taxi plus tard) mais relativement serein. Amaury a été calme la plupart du trajet, à grands renforts de jeux variés et de nombreuses surprises tirés de mon fameux sac magique de maman. Nous avons retrouvé la chaleur et la moiteur locale, et avons pu constater que le jardin s'est empressé de profiter du climat estival pour se transformer en forêt vierge. Certaines plantes ont tout simplement doublé de taille, la faute à une pluviométrie généreuse couplée à des températures constantes de trente degrés, de nuit comme de jour. Nous sommes arrivés juste à temps pour la fin de la saison des mangues locales, excellentes et particulièrement sucrées. Il serait d'ailleurs presque insultant de considérer comme mangues les fruits durs et fades que l'on trouve en France (de la même façon que le "camembert américain" n'a de camembert que le nom). Grâce à nos adorables voisins qui possèdent un solide réseau de connaissances presque toutes propriétaires de manguiers, nous avons reçu un énorme sac de ces fruits succulents dès notre arrivée hier soir ; la moitié du sac a déjà été mangée, et je sens que le reste ne va pas faire long feu ! Nous avons aussi un manguier, mais qui n'a rien donné cette année, suite à sa longue convalescence après le passage de l'ouragan Irma. Nous avons défait les valises, ré-approvisionné le frigo, et avons repris nos petites habitudes en Floride. Il m'est certes arrivé de chercher ma pédale d'embrayage deux ou trois fois, tout en réalisant que je conduisais de nouveau une voiture automatique, mais globalement, c'est un peu comme si nous n'étions jamais partis en France. A cela près que nous avons rapporté une véritable pléthore de trésors du vieux continent, parmi lesquels du chocolat (of course), des matières premières pour la pâtisserie difficiles à trouver au pays de l'oncle Sam, du vin, des épices, et d'autres petits souvenirs qui se dégustent facilement. Et si certains touristes pensent que l'on prend du poids lorsqu'on voyage aux Etats-Unis, en ce qui me concerne, je suis plutôt de ceux qui grossissent lorsqu'ils sont sur le sol français...


mardi 10 juillet 2018

Good bye, France


Notre parenthèse française touche à sa fin, après un séjour particulièrement ressourçant auprès de la famille et des amis du vieux continent. Une dernière crème brûlée, un dernier croissant, quelques derniers échanges dans la langue de Molière, un dernier repas au restaurant de l'hôtel et un dernier petit déjeuner à l'aéroport nous attendent avant le départ. Demain, nous prenons un vol pour Miami, via Atlanta. Comme à l'aller, je redoute un peu les nombreuses heures en avion avec notre petit monstre, d'autant que cette fois-ci, ce n'est pas un vol de nuit. J'ai toujours mon sac à surprises, bourré de trésors pour parfaire la patience limitée d'un rejeton de vingt-sept mois. Ce fut un bel été à la française, comme on les aime, sous le soleil et en douceur, entre apéros et barbecues, restaurants et balades à la campagne. Amaury a bien profité de ses grands-parents, de ses oncles/tantes et cousins, et du jardin, et il a aussi poussé comme un champignon. Demain soir, après un périple de presque dix-huit heures (escale comprise), nous allons retrouver notre maison, notre chez-nous, notre jardin, et la chaleur moite de l'été à Miami. Pour quelques jours en tout cas, car très bientôt, nous nous envolerons pour une autre destination particulièrement agréable l'été, tout au nord et au bord du lac Michigan, où ma belle famille nous attend avec impatience. Les relatives sont attendus des quatre coins du monde, de Dubaï et d'Australie, et il nous tarde de les voir enfin. En attendant, il nous reste quelques petites heures sur le sol français, partagées entre les quelques larmes à l'idée de quitter sa terre natale, et l'impatience de rentrer chez soi. Alors, je savoure ces instants autant que possible. Good bye, France ; ce fut un très bel été...


dimanche 8 juillet 2018

Lyon, mon amour


Chaque année, malgré le peu de distance entre Lyon et le Jura, nous ne prenons pas le temps de nous rendre dans la capitale des Gaules. Et pourtant, nous avons eu l'occasion d'y passer quelques heures cette semaine, et de profiter brièvement de sa gastronomie et de ses rues au bord de l'eau. Lyon, c'est plus que la ville universitaire où nous nous sommes rencontrés. C'est aussi le souvenir de notre vie française, lorsque la perspective de l'expatriation n'était qu'une vague option floue dans l'avenir, et que je me voyais y rester pour le reste de ma vie. Le destin en a donc décidé autrement, faisant de Lyon une ville presque mythique, ville du souvenir, ville de notre mariage, et ville de notre coeur. Certains chérissent Paris, d'autres la campagne ; en ce qui me concerne, rien ne remplace Lyon, ses traboules, ses pognes aux pralines roses, ses quais de Saône, ses quais du Rhône, sa confluence et ses ruelles animées. Alors si le séjour fut trop bref, rien n'empêche d'y revenir plus longuement l'an prochain... 


mardi 19 juin 2018

A disgusting president


Il me faudrait des pages et des pages de blog pour relater les frasques et les horreurs de la présidence Trump, et la tâche serait presque impossible tant il y a à raconter. Les dernières actions de notre puppet president sont si condamnables qu'il m'est impossible de ne pas les partager. L'adage dit bien "qui ne dit mot consent". Alors rester de marbre, silencieux, sans condamnation officielle, devant des décisions inhumaines, reviendrait tout simplement à les approuver. Il existe de nombreux migrants, réfugiés politiques, réfugiés économiques, qui se présentent régulièrement à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis pour demander l'asile politique. Nombreux sont ceux qui franchissent aussi cette frontière illégalement. En réponse à cette situation, l'administration Trump a décidé, en désaccord avec les lois internationales, de séparer les enfants de leurs parents. Les enfants (parfois très jeunes) sont conduits tous seuls dans des centres de rétention, où ils n'ont presque pas ou pas de contact téléphonique avec leur famille. Là-bas, ils s'entassent sur des matelas à même le sol, derrière des grillages, recouverts pour la nuit de couvertures de survie en métal. Pas de loisir, pas de liberté, et une cruelle absence, celle des parents. Les membres des équipes en charge de ces enfants ne parlent pas leur langue, et ils n'ont aucune formation pour s'en occuper. Pourquoi une telle décision ? Il n'y a pas de réponse et de justification qui puisse être avancée. Ce traitement inhumain va à l'encontre de la constitution américaine, où le huitième amendement s'insurge contre les punitions cruelles. Cette photo, que j'ai choisie pour illustrer mon propos, est celle d'une petite fille de deux ans, originaire du Honduras, sur le point d'être séparée de sa mère. Combien sont-ils ? Plus de deux mille actuellement selon les récentes investigations des médias américains. Ils seraient plusieurs milliers en tout, depuis l'entrée en vigueur des nouvelles directives concernant l'immigration. Je ne peux m'empêcher de penser à la barbarie nazie, qui, à l'époque, conduisait à séparer les enfants de leurs parents à l'arrivée dans les camps d'extermination. Alors où est la limite entre un contrôle strict des migrations, voulue par l'administration américaine, et l'assurance du respect de la dignité humaine ? Comment l'un des pays les plus riches au monde peut-il traiter des enfants (et leurs parents) comme des animaux, et les mettre en cage ? Les médias français commencent seulement à s'emparer du sujet ; mais ces ignominies ont levé depuis plusieurs semaines un tollé sur le sol américain, depuis le 6 Avril 2018, date d'entrée en vigueur des nouvelles directives. Trump est montré du doigt, à juste titre, et tente maintenant de sauver la face aux yeux du reste du monde. Mais pourtant, personne n'est dupe, et ses infâmes décisions doivent être connues du grand public... 

dimanche 17 juin 2018

Home, sweet home


Nous sommes bien arrivés en France, après un long voyage qui s'est très bien passé, Amaury ayant décidé de dormir pendant tout le vol de nuit, et d'être plutôt calme en voiture au retour de Roissy. Le décalage horaire est passé comme une lettre à la poste (une fois n'est pas coutume !) et nous avons déjà bien profité du Jura. Le jardin, le potager, les engins agricoles et les balades au grand air profitent tout particulièrement à un toddler plein d'énergie. D'ici quelques jours, je vais partir à Paris retrouver mon homme qui m'y a précédée, et qui y travaille d'arrache-pied, histoire de passer quelques jours en amoureux et de voir nos amis et la famille qui y résident. Amaury va rester à Montmorot, à la campagne, avec ses grands-parents, et je le retrouverai la semaine suivante. Je n'ai encore jamais passé plus de trois jours sans lui, et j'avoue que je risque d'être un peu crazy-mommy sans mon petit loulou ! D'ici-là, nous avons quelques jours pour continuer à tester toutes les pâtisseries du coin. Je dois dire que ma sweet tooth me fait profiter de la gastronomie française un maximum...

lundi 4 juin 2018

Une nouvelle année s'achève


Il est désormais presque temps de refermer cette page scolaire pour l’été. D’ici deux jours, je vais vider mon bureau de mon matériel (encombrant) et de mes affaires, qui seront stockés à la maison jusqu’au mois d’Août. 71 petits patients, de trois ans à la fin du collège, se sont succédés chaque semaine en rééducation. De petits anges, de petits démons, avec ou sans trouble du comportement, trouble de l’attention, retard de parole, retard de langage, troubles des apprentissages, trouble du spectre autistique, retard cognitif et/ou bilinguisme. Un planning chargé, minuté, chronométré et sans réelle pause déjeuner (luxe ô combien français). La vie d’une orthophoniste dans une école américaine est faite d’avantages et de nombreux compromis. Un emploi du temps overbooked mais condensé sur neuf mois, avec l’été off en récompense –bien méritée-. Peu de séances individuelles, mais des groupes d’enfants, jusqu’à quatre élèves rassemblés par âge ou besoins spécifiques. Des progrès (parfois à tour de bras), des groupes plus ou moins remuants, une tonne de paperasse et une machine bien rodée, voilà ce que je retiens de cette dernière année. J’ai vu des enfants non-verbaux devenir de vraies pipelettes. J’ai vu des enfants s’extasier et sourire lorsqu’ils commencent à progresser. J’ai aussi vu quelques parents douteux, auxquels chaque orthophoniste est malheureusement confronté dans sa carrière (mais cela vaudrait d’écrire un article de blog tout entier !). Je regarde aujourd’hui avec regret mes grands ados autistes de haut niveau partir au lycée, où ils seront suivis par une collègue qui n’est pas moi, même si au fond, je l’ai vraiment attendu impatiemment, cet été. Deux tout petits jours nous séparent du départ. Alors, vraiment, je peux avouer que je n’ai jamais été si impatiente…

vendredi 1 juin 2018

Premier jour de la saison des ouragans

La saison des ouragans (source : CNN)
Au cours des six derniers mois, je m’étais bien gardée d’y penser, mais la période de répit est terminée. Aujourd’hui, tout recommence. Le premier Juin marque officiellement le début de la saison des ouragans. Les prévisions annuelles ne sont ni réjouissantes, ni alarmantes. Dix à seize cyclones sont attendus dans l’Atlantique cette année, dont un à quatre pouvant potentiellement se transformer en ouragan majeur, avec des vents de catégorie 3 et au-delà (vents d’au moins 178 kilomètres par heure et plus). La NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) prévoit néanmoins un risque de 75% que la survenue de ces ouragans soit de fréquence habituelle ou plus fréquente que d’habitude. En 2017, la saison avait été très chargée, avec un total de 16 cyclones (dont 6 de magnitude très importante, classifiés comme ouragans). Trois d’entre eux avaient touché le sol américain, Harvey, Irma et Maria, avec de sérieux dommages au Texas, à Puerto Rico et dans les îles Keys. Pour l’instant, avec une saison tout juste débutante, le risque est faible. Fin Août-début Septembre, ce risque sera grandement majoré. Alors que pouvons-nous faire ? Avec un puppet-president qui ne croit pas au réchauffement climatique, les pronostics ne sont pas encourageants. Les spécialistes prévoient des ouragans plus lents, donc potentiellement porteurs de plus de pluie, avec des vents de plus en plus violents au cours des prochaines décennies. A notre échelle, il est difficile de s’y préparer. Nous avons notre « boîte de survie » (encore que nous ne l’ayons encore pas remplie cette année), notre radio, nos bougies et notre espoir que rien ne se produise. Et seul l’avenir nous dira ce que le crû 2018 nous réserve…

Aucun cyclone prévu dans l'Atlantic prochainement

lundi 28 mai 2018

Un weekend à regarder la pluie


Nous en sommes officiellement au troisième weekend de grosse pluie. Une pluie parfois si intense que les risques d'orage violent sont occasionnellement associés à des risques de tornades locales. Nous nous sommes réveillés hier matin avec cette alerte sur nos téléphones, nous demandant de nous éloigner des fenêtres et de chercher refuge dans les pièces intérieures de la maison. Heureusement pas de tornade en vue dans notre quartier, l'alerte a été levée très rapidement. On ne plaisante pas ici avec ce genre de météo ! L'évènement n'est pas exceptionnel mais pour le moins inhabituel à cette saison. Nous ne sommes encore pas officiellement rentrés dans la saison des ouragans (même si cela s'approche), mais nous avons la désagréable surprise de subir la fin de la tempête tropicale Alberto. D'ici deux ou trois jours, le beau temps sera sans doute de retour. A défaut de pouvoir courir dehors en ce weekend de Memorial Day, nous nous sommes réfugiés à l'intérieur, avec une panoplie de jeux plus ou moins calmes, et des activités cuisine en tous genres. Demain, je reprends le travail après ce weekend de trois jours, et ce pour une bonne semaine. Mercredi prochain, nous nous envolons pour la France, alors il va falloir songer à préparer les bagages...

Prévisions pour la tempête tropicale Alberto (source : National Hurricane Center)

vendredi 25 mai 2018

Le problème des armes à feu aux Etats-Unis (épisode 2)

La carte des attaques à l'arme à feu dans des écoles américaines depuis le début de l'année 2018 (source : CNN)
J'avais déjà évoqué ce sujet brûlant récemment dans un article à retrouver ici. Mais depuis, d'autres tueries ont eu lieu dans des écoles américaines, poursuivant un débat totalement improductif entre pro et anti armes à feu. L'une de ces attaques a eu lieu aujourd'hui dans l'Indiana, blessant deux personnes. La semaine dernière, dix personnes ont été tuées à Santa Fe au Texas. Une semaine avant, c'était en Californie qu'un jeune homme de quatorze ans avait ouvert le feu dans son ancien lycée avec une arme semi-automatique. Si les lycéens de Parkland et d'autres écoles touchées par ce fléau continuent à monter au créneau, peu d'avancées législatives sont encore à noter. Le durcissement des lois pour autoriser la vente d'armes à des jeunes de moins de vingt-et-un ans n'y changerait rien, car les assaillants sont souvent de jeunes mineurs, loin d'avoir l'âge légal de se procurer des armes.  Et il est toujours possible d'acheter des armes de guerres, normalement utilisées par l'armée, légalement, un peu partout. La NRA (National Rifle Association) poursuit son lobbying destructif et lucratif, sans que rien ni personne ne puisse s'y opposer. Parallèlement, la sécurité dans les écoles publiques est renforcée un peu plus chaque jour. Hier, nous avons eu droit à un énième entraînement pour se préparer à une éventuelle attaque armée à l'école. Ce lockdown drill, code rouge pour les intimes, se passe en trois temps. Le premier, celui de l'annonce officielle du principal de l'école, dans les micros et à plein volume, demandant de se barricader dans nos classes et salles de travail (ce qui en soit est déjà relativement inquiétant, surtout si l'on n'a pas eu à priori connaissance de la survenue d'un exercice, et que l'on conserve toujours un léger doute sur la véracité d'une réelle tuerie). Le second temps, d'une durée de quatre à cinq minutes, où l'on éteint les lumières, où l'on garde le silence et où l'on patiente. Le troisième, celui d'une nouvelle annonce officielle de la fin de l'exercice. Si toutefois l'exercice se transformait en situation réelle, il me faudrait protéger les enfants derrière des tables renversées à la verticale, ou se coucher par terre pour esquiver les balles. Un scénario peu réjouissant, mortifiant, glaçant, et, bien que peu probable, pas fondamentalement impossible. Hier, pendant l'exercice, j'avais la chance de me retrouver avec mes élèves de Pre-K, qui ont entre quatre et cinq ans, et qui écoutent relativement bien mes consignes. Mais si ça avait été mon groupe de Kindergarteners, plus âgés mais dont trois sur quatre sont autistes, avec des troubles plus ou moins sévères du comportement et des réactions absolument imprévisibles, ça n'aurait pas été une si mince affaire. Le pire dans cette histoire, c'est que le danger potentiel se poursuit et se majore au lieu de s'atténuer. A défaut de mieux contrôler les armes en circulation et les armes à la vente, les autorités pensent à armer les enseignants qui le souhaitent à condition de recevoir une formation adaptée. Autant dire qu'avec le burn-out et la lassitude de certains de mes collègues, exaspérés par des élèves dissipés et horripilants, il n'est pas impossible qu'un jour l'un d'entre eux s'aliène et ne craque, faisant usage de son flingue, celui-là même qui est censé protéger les enfants...

dimanche 20 mai 2018

Les contradictions de la parentalité


Quand tu en viens à te cacher pour manger discrètement du chocolat pour le goûter, histoire de ne pas influencer les habitudes alimentaires de ton fils (mais qu'il te surprend quand même ou qu'il traque l'odeur sucrée de ton haleine, exigeant alors sa part), tu te dis que la parentalité est vraiment faite de contradictions. Il y a ces jours (nombreux) où tu vérifies qu'il mange cinq fruits et légumes, crus et cuits, de toutes les couleurs, bios et frais, de préférence. Et puis il y a ces jours où tu lui refiles allègrement un paquet de chips pour le dîner, et où tu le laisses se goinfrer de trucs chimiquement colorés à un anniversaire, juste histoire qu'il ne geigne pas et qu'il te laisse deux minutes tranquille. Il y a aussi les jours où tu lui apprends à ranger ses chaussures et à mettre ses vêtements sales dans le panier à linge, et à mettre ses mouchoirs usagés à la poubelle, avant de le laver à grandes eaux, des pieds à la tête, en insistant sur les recoins et les pieds, avant de l'admirer propre comme un sou neuf. Et puis, il y a ces jours où tu dois te faire violence pour lui donner un petit bain vite-fait, et où tu considèrerais presque les traces de terre sur ses jambes nues comme un pigment naturel de sa peau. Il y a aussi ces jours où tu planifies des activités chronométrées et élaborées, où la journée est partagée entre les playdates au parc, les coloriages et autres activités manuelles, les visites à la piscine, les activités cuisine, les cours de musique et les heures de lecture et relecture de ses livres préférées. Mais il y a ces jours où tu le laisses en pyjama, où rien n'est planifié, où l'inactivité est reine, et où tu penses (très sérieusement) à lui donner un somnifère afin de pouvoir toi-même te reposer. Certains jours, lorsqu'une sortie est prévue, tu vérifies que la couleur de ses chaussettes soit assortie à celle du t-shirt, tu lui donne un coup de peigne pour enlever ses épis, et tu t'efforces (vainement) d'empêcher l'apparition de taches douteuses sur ses vêtements. Mais d'autres fois, tu renonces à négocier et tu acceptes qu'il porte un bas de pyjama mickey pour aller au supermarché, parce que sinon tu sais que la guerre nucléaire sera officiellement déclenchée et que tu en auras pour une bonne demie-heure de sons geignards et plaintifs. Et puis il y a l'éternel débat sur les écrans, addictifs et nocifs, auxquels tu sais que tu ne devrais jamais exposer ton rejeton. Face à la cruelle réalité, où tu aimerais bien pouvoir te doucher ou aller aux toilettes sans un spectateur de deux ans qui t'observe. Alors tu renonces, et tu autorises Youtube kids pendant quelques minutes, en pleine contradiction de tes exigences de parentalité. Après tout, élever un tyran de vingt-six mois consiste tout simplement à diriger en lui donnant l'impression que c'est lui qui tient les rênes. Les enfants commandent et les parents obéissent, c'est bien connu. Et tu contemples avec humour ta vie de maman, en te disant que décidément rien ne se passe jamais comme tu l'avais prévu...

dimanche 13 mai 2018

Moins d'un mois


Le compte à rebours est officiellement lancé ! Dans moins d'un mois, nous nous envolerons tous les trois pour la France. J'ai vraiment hâte de revenir dans mon cher Jura pendant quelques semaines. Ma famille me manque, mes amis me manquent, les (bons) fromages me manquent, les baguettes croustillantes me manquent, les croissants me manquent, et la langue française également... Chaque année, tous les printemps, j'ai cette espèce de petite nostalgie de ma région natale, quel que soit notre lieu de vie. Un an bientôt s'est écoulé depuis notre dernier séjour en France. Les expatriés connaissent bien cette petite sensation de manque, qui leur fait compter les semaines, les jours et les heures. Ce subtil mal du pays, presque discret la plupart du temps, se fait parfois d'autant plus sentir à mesure que les vacances approchent. J'ai déjà commencé à planifier le contenu de nos valises, à rassembler de petits cadeaux, à anticiper les besoins d'un toddler de deux ans pendant un long voyage en avion. D'ailleurs, si l'excitation du voyage grandit de jour en jour, mon enthousiasme à divertir un petit monstre de 25 mois pendant 18 heures dans un espace clos et limité s'amenuisent dans des proportions relativement égales. J'ai d'ores et déjà prévu un sac rempli de surprises, de jeux et de tricks en tous genres, histoire de faciliter ce voyage et de dissiper les impatiences d'un petit garçon plein d'énergie. Des feutres et du papier (classique), un petit récipient pour faire des bulles, de nouveaux jeux encore inconnus et peu encombrants (petites voitures, figurines...), de nouveaux livres, un cahier d'activité avec 500 gommettes à coller, et bien sûr un presque indispensable écran (notre vieil iPad qui arrive en fin de vie et peut allègrement être abîmé par un enfant légèrement maladroit et tout particulièrement impulsif) font notamment partie de mon indispensable sélection pour voyager en toute tranquillité. Je n'aime pas tellement ces enfants qui passent des heures et des heures devant leur écran, en répondant à peine à leurs parents et en frôlant les symptômes autistiques, mais je dois avouer que les (très) longs voyages sont tout particulièrement appropriés pour tester ces engins électroniques addictifs. Il n'y a rien de plus pénible qu'un gosse qui s'ennuie en avion, qui hurle et qui crie, voire qui se roule par terre. (N'oublions pas que nous avons entamé la phase du terrible two). Alors si le mien peut éviter d'en faire partie, j'en serai tout à fait satisfaite ! Du coup, le sac à "activités" de voyage se remplit petit à petit, tandis que mon compte à rebours est lancé. Dans 24 jours et 5 heures, on décolle pour la France...

samedi 28 avril 2018

Elever un enfant plurilingue (épisode 1)


Ce n'est même pas un choix, c'est juste une situation factuelle. Amaury a été exposé depuis sa naissance à l'anglais et au français, et l'espagnol est venu compléter le tableau à partir de son entrée à la crèche à l'âge de cinq mois. Son acquisition du langage ne semble pas souffrir de ce bain multilingue, puisque nous avons un système très rodé, et aussi très naturel. Avec moi, le français est la langue unique. Pas d'anglais, jamais, sauf rares exceptions, même si je maitrise la langue et que je passe mes journées à parler en anglais avec mes petits patients. Avec Logan, le français et l'anglais sont utilisés, en fonction du contexte. Notre langue familiale est majoritairement française, mais lorsque mes deux hommes sont seuls, l'anglais est largement dominant. Et puis, puisque nous sommes à Miami, et que 75% de la ville de Miami parle espagnol, la crèche est un environnement hispanophone. Plusieurs types d'espagnols s'y côtoient, cubain, colombien, de la république dominicaine... Jusqu'à présent, cet apprentissage a été totalement naturel et pour le moins involontaire. Mais lorsqu'il a été question de choisir une nouvelle crèche pour l'an prochain, nous nous sommes tournés vers un établissement où l'espagnol continue à être majoritaire, car il est fort possible qu'Amaury finisse par perdre cette langue. A partir de 5 ans, l'école publique n'est qu'en anglais, l'espagnol y est banni, et de fait, il nous semblait important qu'il puisse continuer à l'apprendre sans s'en rendre compte. Quelques petits faits sont à rappeler concernant l'apprentissage simultané de plusieurs langues : être bilingue n'est pas un inconvénient, c'est plutôt un avantage. Les enfants qui sont exposés à plusieurs codes linguistiques grandissent en étant plus performants pour les activités multitâches. Etre bilingue n'entrave pas le développement normal du langage, que ce soit au niveau sémantique (acquisition du vocabulaire), et morpho-syntaxique (grammaire). Parfois, certains professionnels diront (à tort) que l'acquisition du vocabulaire est freinée par le multilinguisme. Or, si l'on additionne les mots connus dans toutes les langues parlées par l'enfant, il n'y a normalement aucun retard. Je m'étais toujours dit qu'Amaury aurait peut-être besoin d'un peu plus de temps pour s'y retrouver dans ce capharnaüm linguistique, et que peut-être il aurait un petit retard de langage. Mais force est de constater que tout se passe très bien à ce niveau-là. A deux ans et un mois, il fait des phrases de 3 ou 4 mots, il retient de nouveaux mots tous les jours et progresse très bien en terme d'articulation et de parole. Souvent, il m'arrive de rire dans ma moustache en l'écoutant jouer et parler tout seul. Le mot "truck" a longtemps été prononcé comme un gros mot anglais (pour cela, imaginez un /f/ à la place du groupe consonantique /tr/). La glace à la pistache a longtemps été prononcée "p-é-tasse". Et maintenant, Amaury sait très bien quelle langue il doit utiliser avec ses différents interlocuteurs. Il ne me parle jamais en anglais ou en espagnol, sauf pour des mots qu'il ne connait que dans ces langues-là. Un seul marqueur ostensible de son plurilinguisme est pourtant visible. Pas moyen de lui faire dire "oui", il répondra toujours spontanément yeah. Alors je compte bien sur notre petit séjour en France cet été pour que le bain de français du Jura nous booste un peu tout ça...

vendredi 6 avril 2018

Fitting in


J'ai vécu à beaucoup d'endroits, plus que certaines personnes, moins que d'autres, mais une chose est sûre, je ne me suis pas toujours sentie chez moi partout. Rien ne remplacera jamais ce sentiment d'appartenance à mon cher Jura, mais cette sensation est plus empreinte de souvenirs que de réalité concrète. Après le Jura, je suis restée en Franche-Comté ; trois ans de concours et trois ans de galère à Besançon, où je n'ai jamais vraiment eu l'impression d'être chez moi et de me fondre totalement dans le paysage. Des années de bachotage, de déceptions universitaires, peut-être les années les plus sombres de ma vie. Puis Lyon, la ville de tous mes meilleurs souvenirs, une ville que je chérie plus que tout et où j'aimerais revenir habiter un jour. Qui sait, peut-être à l'aube de la retraite, ou d'ici une vingtaine d'années lorsque la Floride et son soleil perpétuel seront devenus lassants et obsolètes ? Il m'a fallu peut-être deux ans pour apprivoiser cette immense ville et m'y sentir tout à fait comme chez moi. En fait, ce sentiment a plus ou moins coïncidé avec ma rencontre avec Logan. Plus de concours, des études qui suivaient une voie toute tracée, la vie y était presque simple à l'époque. Notre super appartement dans le vieux Lyon avec vue sur les quais de Saône y était peut-être pour beaucoup, et puis c'est aussi la ville de notre mariage, la ville des premiers souvenirs ensemble, la ville de mon école d'orthophonie et la ville où j'ai été diplômée. A Lyon, I fitted in. Les anglophones abordent très bien cette sensation d'appartenance, d'être à l'aise et d'être chez soi. Et puis, après un séjour de quelques mois dans le Jura, dans l'attente bien impatiente de mon visa pour les Etats-Unis, j'ai finalement débarqué en Pennsylvanie centrale, dans un charmant petit village aux vaches plus nombreuses que ses habitants. J'ai été accueillie très chaleureusement par la communauté locale, faite d'universitaires et de locaux, et je me suis toujours sentie relativement chez moi. Mais pas au point d'appartenir complètement à la communauté locale. An odd piece. Un genre de pièce rapportée, presque exotique pour certains, appréciée, mais toujours un peu en décalage avec ma culture d'origine. Un petit passage par Paris, pour une courte année, puis un peu plus tard par Tours, pour une autre année, et nous sommes finalement arrivé à Miami. Et aujourd'hui, pour la première fois depuis Lyon, je retrouve cette sensation d'être totalement chez soi. Miami est une grande ville, cosmopolite, où tout le monde vient d'ailleurs ou presque, où de nombreux langages et de multiples cultures se côtoient, et où finalement être française n'est pas tellement ni exotique ni très intéressant. C'est là que je peux enfin palper ce sentiment, beaucoup plus tangible, d'être chez moi. Tout le monde se fiche pas mal que je sois française ici. I truly fit in. Trop de personnes ont un parcours atypique ici pour que quiconque puisse sortir du lot. Alors je peux dire que Miami est véritablement devenue ma home, sweet home...

mardi 13 mars 2018

Dreamers


On les appelle les dreamers, ces enfants entrés aux Etats-Unis illégalement avec leurs parents, aujourd'hui devenus grands. Ils vont à la fac, ils travaillent, payent des impôts... En bref, ils contribuent à la société américaine. Aujourd'hui temporairement légaux grâce à la Deferred Action for Childhood Arrivals (connue sous le nom de DACA), ils sont plus de huit cent mille. Arrivés très jeunes pour certains, la plupart n'ont pour souvenir que leur vie aux Etats-Unis. Mais l'administration de Donald Trump menace depuis longtemps de les renvoyer chez eux, malgré leur insertion totale. Si certains jugent leurs parents coupables de les avoir amenés ici, ils n'en sont pas eux-mêmes responsables. Souvent, il ne connaissent rien de leur pays d'origine, voire même ils n'en parlent pas la langue. Leurs parents ont fui la pauvreté, les gangs, les trafics, ou les persécutions. Certains n'ont découvert qu'à leur majorité qu'ils n'avaient pas de statut officiel, une sorte de belle douche froide au moment de partir de chez soi pour faire ses études. Beaucoup d'Américains soutiennent ces dreamers et demandent à ce qu'ils puissent finalement devenir citoyens à part entière. Mais leur statut actuel pourrait être remis en cause prochainement par ce cher Donald, rendant illégaux près d'un million de personnes. Alors tandis que des voix s'élèvent de toutes parts pour protéger DACA, d'autres commencent à s'élever contre le traitement des familles immigrées dont certains membres sont citoyens, et d'autres pas. Par exemple, il est possible d'avoir une fratrie d'enfants américains, nés aux Etats-Unis (et donc officiellement citoyens) dont les parents sont expulsés sans ménagements vers leur pays d'origine, laissant à l'état américain la charge de ces enfants mineurs. S'il est impossible d'expulser des citoyens, il est tout à fait possible de séparer des familles, même avec de jeunes enfants. En Californie et ailleurs, des milliers d'enfants se retrouvent ainsi arrachés à leurs parents. S'ils ont le droit de rester, leurs parents sont expulsables à tout moment. La notion même de regroupement familial n'existe pas ici. Et ces jeunes devenus grands, malgré leur statut temporaire sous DACA, n'ont pas le droit de demander la nationalité américaine si la législation n'évolue pas. Alors ces dreamers, pourront-ils un jour poursuivre leur rêve américain ?

dimanche 25 février 2018

One decade, and many more to come



Et juste comme ça, un beau matin de ce mois de Février, le timer a franchit la barre des dix ans. Dix ans de vie franco-américaine, dix ans que mon meilleur ami et ma moitié font partie de ma vie. Si l'événement est passé un peu inaperçu le jour J (des vilains microbes ayant malheureusement décidé de s'en mêler), nous avons pu quand même célébrer l'occasion en toute simplicité, avec des amis de passage la semaine suivante. Un bon cheesecake au carambars, et puis ce weekend, une petite virée en amoureux à Miami Beach, sans enfant, historie de marquer le coup. En fait, rien n'était très solennel puisque nous accordons plus d'importance à notre anniversaire de mariage qu'à cet anniversaire "de couple", mais néanmoins, cette année, cela restait un événement à fêter. Après tout, dix ans, ça n'est pas rien. C'est long, mais c'est très court aussi. Si l'on m'avait dit, il y a de ça une décennie, que je vivrais ici aujourd'hui, à Miami, avec mon américain, je ne l'aurais sans doute pas crû. Comme quoi, la vie est vraiment faite de rencontres et de hasard. Rien n'est prévisible, il suffirait presque d'un instant pour le futur soit complètement bouleversé. Si je n'avais pas mis les pieds dans cet Irish pub, par un beau jour de 2007, j'aurais sans doute connu une tout autre destinée. Ce weekend avait donc une saveur très particulière, et la présence de la mer, du soleil, et des cocotiers n'a rien ôté à son charme...


jeudi 15 février 2018

Le problème des armes à feu aux Etats-Unis (épisode 1)


Hier s'est malheureusement produite une énième tuerie à l'arme automatique dans un lycée américain, pas très loin de chez nous, avec un scénario à glacer le sang de tout parent qui envoie ses enfants à l'école. C'est le dix-huitième évènement de ce type à ce produire dans une école depuis le début de l'année 2018. 45 jours, et 18 shootings. Et pourtant. A chaque tuerie, nombreuses sont les voix  qui s'élèvent pour que la vente et la détention d'armes à feu (et notamment d'armes de guerre) soient contrôlées et régulées plus sévèrement. A chaque tuerie, la NRA (National Rifle Association) trouve le moyen (à l'aide d'un lobbying puissant et efficace) de calmer toute volonté de contrôle de ces armes. Ainsi, il est très facile ici d'acheter des armes automatiques de guerre, comme on achèterait une chaise de jardin ou une tondeuse à gazon. D'après un article posté aujourd'hui sur le site du New York Times (à lire ici), il serait plus facile en Floride de se procurer un AR15 (l'arme utilisée lors de la tuerie d'hier à Parkland) qu'un pistolet classique. J'en ai froid dans le dos rien que d'y penser. Alors pourquoi les autorités ne mettent-elles pas un frein législatif à cette aberration ? Pourquoi est-il possible d'acheter aussi facilement une arme sans contrôle strict au pays de l'oncle Sam ? La faute, en premier lieu, même si c'est une piètre excuse, au second amendement de la constitution américaine, qui stipule que les citoyens américains ont le droit de posséder et de porter une arme. Mais c'est surtout la faute au lobby de la NRA qui fait campagne contre vents et marées contre tout contrôle légal des armes à feu, y compris contre le contrôle des facultés mentales d'un individu en possession ou intéressé par l'achat d'une arme à feu. Aujourd'hui, il existe plus d'armes à feu aux Etats-Unis que son nombre actuel d'habitants. Plus d'armes à feu par habitant qu'au Yémen, ou qu'en Irak. Beaucoup plus qu'en France, où le ratio est trois fois moins élevé. Aujourd'hui (le timing est parfait, soit-dit en passant), le journal Le Monde publie un article qui explique que le gouvernent français souhaite durcir la législation sur l'achat et la possession d'armes en France (à lire ici). Il est triste de penser qu'il est si simple en France de changer une législation, dans l'intérêt de tous, mais que ce grand pays que sont les Etats-Unis n'est toujours pas parvenu à mettre en place des mesures efficaces pour protéger ses citoyens de ce genre de tragédie. Pourquoi ? C'est encore et toujours une histoire de gros sous. La fabrication et la vente d'armes a représenté jusqu'à dix millards de dollars par an au gouvernement américain. La France est un peu à la traîne, avec un chiffre qui n'a jamais dépassé plus de quatre millards par an, ce qui reste également conséquent. Je ne sais pas si le congrès américain va finir ôter ses oeillères et prendre les décisions législatives nécessaires pour mettre fin à ce fléau. Toujours est-il, que si je regarde un peu ce qui se passe du côté français, nous serions très mal placés pour juger. Serait-il nécessaire de rappeler qu'à défaut de vendre des tonnes d'armes à ses propres concitoyens, la France n'a actuellement aucun scrupule à vendre des armes qui tuent quotidiennement des civils en zone de guerre. L'Arabie Saoudite continue à acheter nos armes, qui sont utilisées par exemple très massivement au Yémen. Pourtant, l'Allemagne, la Norvège, la Belgique et le Canada ont décidé de stopper leurs exportations d'armes vers l'Arabie Saoudite à cause de leur utilisation douteuse. Et nous, les frenchies ? Nous continuons notre business florissant avec ce grand pays antinomique des droits de l'homme. Il semble donc que nous soyons, nous aussi, largement aveuglés par ces histoires de gros sous...

samedi 3 février 2018

Etre jurée à la cour fédérale américaine


Récemment, j'ai été appelée pour participer à un procès à la cour fédérale en tant que jurée. Ma disponibilité devait durer deux semaines, durant lesquelles je devais appeler le tribunal chaque soir afin de savoir si je devais m'y rendre le lendemain. N'étant pas appelée les deux premiers jours, j'ai pensé pendant quelques instants pouvoir y échapper. Mais j'ai finalement été appelée au milieu de la première semaine, à moitié dépitée de devoir me rendre au centre ville de Miami à l'heure de pointe, et à moitié emplie de curiosité pour ce devoir de citoyen encore inconnu. Il faut savoir que ce devoir est bien sûr obligatoire, mais aussi que de manquer cette convocation peut conduire à écoper d'une amende de mille dollars, de trois jours de prison et de nombreuses heures de travail d'intérêt général, voire des trois à la fois. Moi qui suis payée à l'heure, sans congé maladie, sans retraite, sans congés payés, je ne voyais pas la chose d'une façon particulièrement enthousiaste, car deux semaines sans salaire n'auraient pas tellement rempli le porte-monnaie, loin s'en faut. Pourtant, à l'image des jurés en France, la cour fédérale fournie une (modeste) compensation financière pour chaque jour de travail manquée. Mais le forfait n'est pas aussi généreux que sur le vieux continent. A peine de quoi se payer le parking pour la journée, et de s'acheter un ou deux sandwichs. Comment cela se passe-t-il ? Arrivée sur place, il faut prouver son identité et s'enregistrer auprès d'un agent fédéral. Puis, il faut attendre que le juge soit prêt à nous recevoir. Ce jour-là, il y avait 50 jurés. Puis le juge nous présente brièvement l'agenda du procès, et sa durée (trois semaines), et les chefs d'accusation. Ensuite, la présélection du jury commence, pendant laquelle le juge nous interroge sur notre parcours personnel et professionnel, et sur notre potentielle expérience avec la justice. Il est possible, à tout moment, de demander à parler en privé avec le juge, conversation privée qui inclue toutefois les membres de l'accusation et les avocats de la défense. Au final, pendant la pause du déjeuner, les magistrats se réunissent et excusent certains jurés qui en font la demande, pour des raisons médicales, financières, ou des obligations professionnelles et personnelles. Je n'ai pas été retenue pour ce procès, ce qui honnêtement ne m'a pas dérangée du tout mais plutôt satisfaite, compte-tenu de mon statut professionnel d'independent contractor. J'ai eu un bref aperçu de la justice fédérale américaine, une sorte de grosse machine bien huilée, très organisée, plus impressionnante que la cour d'état de Floride, qui, s'ils me convoquaient lors de l'année à venir, devraient m'exclure des pré-sélections de jurés. On ne peut servir qu'au maximum tous les deux ans. Alors je savoure ma chance, et mon répit, jusqu'à la prochaine occasion d'être appelée...

lundi 22 janvier 2018

Un baby blues féroce

Je n'aime pas ce terme de baby blues. Ni même celui de la dépression post-partum. J'ai toujours pensé que j'y avais échappé, que cela n'arrivait qu'aux autres, et que mon expérience en tant que jeune maman n'était difficile que parce que les heures de sommeil étaient comptées. J'ai rarement partagé sur ce blog pour témoigner de passages à vides ou de sujets difficiles, et pourtant aujourd'hui, j'avais envie d'écrire sur un sujet un peu plus tabou, moins glamour, moins exotique et bien loin des palmiers de Miami, et pourtant pour le moins sensible. Tout  a commencé à la fin de la grossesse. J'ai eu l'impression quand Amaury est né d'être brutalement et sauvagement catapultée dans une dimension parallèle, où tout était inconnu, nouveau et effrayant. Ne pas pouvoir s'asseoir pendant trois semaines, une sensation de m'être fait rouler dessus par un rouleau compresseur, ou avoir l'impression d'être une survivante de marathon, voilà pour le ressenti immédiat. Les gestes, les sensations et les habitudes ont été mises à rude épreuve, malgré ce que j'avais pu lire pour m'y préparer. Les toutes premières heures de ma vie de maman n'ont pourtant pas été si difficiles. Un bel accouchement éclair, pas de complications, un bébé né avec un mois d'avance mais en bonne santé, rien n'était sensé être si compliqué ; après tout, des générations de femmes ont accouché et continuent à accoucher tous les jours, bien souvent dans des conditions très difficiles, et elles s'en sortent plutôt bien. Moi j'ai eu l'impression d'essayer de "gérer". L'allaitement était un enfer, surtout les trois premiers mois, et je n'ai pas cumulé plus de deux heures de sommeil d'affilée pendant de longues semaines. Les coliques n'ont pas arrangé le tableau, puisqu'Amaury ne dormait que 4 à 5 heures par 24 heures, souvent par tranches de vingt minutes, et qu'il hurlait le reste du temps. Pourtant, je "gérais", ou en tout cas j'en avais l'impression. Pas le temps d'aller ne serait-ce qu'aux toilettes, des douches-éclairs, pas de temps pour moi. J'ai erré, hagarde et cernée, un certain temps. A cela se sont ajoutées des difficultés post-partum que la pudeur me garde de partager, mais que bon nombres de maman comprendront en filigrane. Et pourtant, je "gérais". Puis notre vie s'est retrouvée changée en un clin d'oeil. De Tours, nous allions revenir en Pennsylvanie, puis émigrer au sud vers la Floride. Le déménagement et le retour aux Etats-Unis a été difficile, et j'étais toujours épuisée. Je voyais autour de moi les autres mamans qui "géraient", donc il fallait aussi "gérer". Amaury ne dormait pas bien, et je suis quand même retournée au travail. Un presque plein temps, avec mon tire-lait sous le bras chaque jour et mes cernes sous les yeux. J'ai y pris initialement beaucoup de plaisir. Pas de scrupules à déposer mon gamin à la crèche le matin, j'avais besoin de cette pause mentale et physique, même si les journées étaient très chargées, et les nuits courtes. Et puis, les mois faisant, le petit Loulou a fini par mieux dormir. Il a commencé la nourriture solide, et l'allaitement s'est terminé à neuf mois. Fini l'esclavage du lait maternel, bonjour les petits pots maison. Ou bien plus souvent les petits pots du commerce, car après tout, une journée n'a que 24 heures. Amaury dormait, mais j'étais toujours épuisée. Angoissée. Au bout du rouleau, sans explications. Plus j'étais fatiguée, moins je dormais. Moins je dormais, plus j'étais angoissée. Plus j'étais angoissée, moins je dormais. Le cercle vicieux s'est installée, petit à petit, insidieusement et sans que j'en prenne conscience. Mon médecin m'a prescrit de la mélatonine, qui m'a aidée petit à petit à redormir un peu mieux. Les mois ont passé, la vie est passée, mon petit Amaury a grandit et il est devenu plus autonome, plus indépendant. Et puis le mois dernier, j'ai revu mon médecin, que je n'avais pas vu depuis un an. Elle m'a aussitôt demandé comment j'allais, et où j'en était de mes angoisses et de ma fatigue de jeune maman. C'est quand elle a prononcé ce fameux gros mot de "dépression post-partum" que j'ai su qu'elle avait tout compris, et que de mon côté j'avais totalement nié l'évidence. Ne pas dormir même quand bébé dort, être irascible et anxieuse à chaque minute n'est pas normal. Le baby blues est un spectre de difficultés, il diffère d'une femme à l'autre, et il ne démarre pas forcément par un flot de larmes à la maternité. Pour moi, ça a été un cercle vicieux plus tardif, insidieux et progressif, dont je suis (j'espère) totalement sortie. Aujourd'hui, finies les journées où j'ai trop hâte de déposer mon fils à la crèche histoire de m'en "débarrasser". La journée, quand je travaille, il me manque terriblement. Fini le tabou sur cette question, car après tout c'est en en parlant que les choses progressent. Les réseaux sociaux renvoient souvent cette image idéale de parentalité, loin de la vie réelle. Alors je veux que ce soit dit ; j'ai bien galéré dans cette vie de jeune maman, et je souhaite que celles qui traversent une situation semblable ne se sachent pas seules. Il y a des tas de femmes qui l'ont vécu, et il n'y a absolument aucune raison d'en avoir honte...

vendredi 12 janvier 2018

Destitution présidentielle ?


On parlerait alors d'impeachment. Trump pourrait-il laisser la place à un président moins agressif et surtout beaucoup moins incompétent ? De plus en plus, aux Etats-Unis, des voix de toutes parts s'élèvent contre ce puppet president qui paraît diriger le pays comme le ferait un enfant capricieux, éternellement insatisfait, impulsif et désordonné. Les grands titres du New York Times aujourd'hui se penchent sur un discours prononcé récemment, dans lequel Donald fustige d'une façon totalement raciste les immigrés en provenance d'Haïti et du Nigeria. Ils "auraient tous le sida", ou proviendrait tous d'un "shithole". Des propos bien sûr totalement inacceptables de la part d'un président en exercice. Cet épisode n'est pourtant pas le premier d'une longue série de bourdes diplomatiques. Il serait inquiétant de penser que cet homme impulsif, colérique et versatile détient le contrôle de l'arme nucléaire. Depuis son investiture, il y a bientôt un an, il ne s'est pas passé une semaine sans que ce goofy guy ne se montre en spectacle, ridiculisant pour autant la majorité des habitants de son pays. Que l'on aborde les questions du sexiste, du racisme, du déni du réchauffement climatique (sujet cher à ce monsieur dodu), du conflit au moyen-orient, de la situation nord-coréenne, des impôts, de la santé, et de l'éducation, il n'a su que montrer son ignorance et sa méconnaissance de la vie de son pays. Parfois, je croise certains concitoyens qui se disent juste écoeurés et honteux aux yeux du monde que de se laisser gouverner par un papi grincheux et légèrement frontal. Alors Trump pourrait-il être destitué ? Il faudrait tout d'abord qu'un ou plusieurs membres de la chambre des représentants (House of Representatives) rassemble des preuves juridiques contre la légalité ou l'anti-constitutionalité de ses actions. Il devrait ensuite être jugé coupable par cette chambre des représentants et par le sénat. Qui le remplacerait ? En cas d'impeachment, l'actuel vice-président, Mike Pence, une sorte d'ultra-religieux fondamentaliste qui croit au créationnisme et souhaiterait qu'il soit enseigné à tous à l'école, entrerait en exercice. Donc pas sûr que ce choix soit plus préférable à à ce locataire de la maison blanche. Même si j'aurais (peut-être) un peu plus confiance en Pence en ce qui concerne les relations diplomatiques avec d'autres pays du monde. Hillary Clinton avait remporté le vote populaire en 2016 avec près de 2 millions de voix d'avance. Reste à espérer que dans trois ans, les américains votent pour une alternative à cette presidential joke....